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Au fil de son long périple en Atlantique, rené nous envoie des nouvelles

 

Toutes les photos et le récit complet sont sur le Blog de René et Michèle .

 


dimanche 19 août 2007

Bonjour à tous,

J' ai un peu ralenti le rythme des nouvelles puisque je me rends compte que je n'ai rien envoyé depuis Alger. Je vais essayer de faire le point rapidement sur ce mois de voyage qui nous a conduits de la capitale algérienne à Porto Santo dans l' archipel de Madère.

A Alger, changement d' équipage : Didier et Michèle Fréret débarquent et Alain TIMAN me rejoint. Nous continuons par Sidi Fredj, le seul port de plaisance d' Algérie, construit par Pouillon. Malheureusement sa situation à 50 km d'Alger ne permet pas vraiment de visiter la capitale, sauf à prendre une chambre pour quelques jours. Nous continuons donc vers Cherchel, d'où nous visitons Tipasa, Tenes, Mostaganem pour arriver à Oran.

J'ai un furoncle au genou gauche et les péripéties pour me soigner me conduisent à l'hôpital d'Oran dont l'état général en ferait fuir plus d'un. Il faut être accompagné par le SAMU local et protégé par un flic qui ne me quitte pas d'une semelle. Ils n'ont que le mot "agression" à la bouche. Il est vrai qu'on entend tous les jours à la radio les "exploits" de l'armée face aux terroristes. Nous nous ne voyons qu'une population paisible qui fait un accueil chaleureux à Bouteflika en visite à Oran en même temps que nous. Pour me faire faire des piqûres d'antibiotique, nous faisons la connaissance de Mourad, un médecin ORL que nous finirons par embarquer deux jours sur LOF avec un de ses amis. La tête des "autorités" : ça ne s'est jamais fait, nous disent les garde-côtes d'Oran. Pourtant ça se fait avec autorisation écrite dans les formes. Avec eux nous allons aux îles Habibas où nous invitons le gardien de phare (qui nous a accueillis et offert le café dans son phare) à déjeuner à bord. Nourredine, avec son tee shirt du FLN, et sa grande simplicité , sa gentillesse, un grand moment.

Puis c'est la fin de l'Algérie que nous quittons à Ghazaouet (ex Nemours). Les formalité sont plus rapides qu'on ne nous les avait annoncées et nous filons sur l'enclave espagnole de Melilla où il est bon de trouver une marina, avec de l'eau, des douches et de quoi réparer notre frigo dont le thermostat a rendu l'âme, un supermarché européen où les prix ne sont plus algériens ! En trois semaines, j'ai dépensé 150 euros en Algérie en mangeant souvent au restaurant et en payant la gazole 15 centimes le litre. Puis c'est CEuta autre enclave espagnole, où nous calculons la meilleure heure de départ pour passer le détroit de Gibraltar. Ce sera complètement raté et nous aurons le courant contre nous presque tout du long !

A Tanger, Michel VALLET nous rejoint. Nous faisons nos courses dans le souk Aral avant de nous élancer dans la traversée vers l'archipelago de Madeira. Le vent ne nous a pas fait de cadeau et s'est orienté au sud ouest pour deux jours, nous obligeant à descendre vers le sud. Nous sommes arrivés à Porto Santo en fin de nuit de vendredi à samedi et nous sommes bloqués par des vents qui n'ont rien à envier à ceux de Bizerte, même si l'anémomètre de LOF les situe en dessous de 20 noeuds.

La traversée a été assez musclée. De plus la première nuit, nous nous sommes pris par trois fois dans des filets au large du Cap Spartel. Avec le courant qui nous ramenait dans le détroit aidé par le vent de sud ouest, le moral baissait en même temps que la fatigue de l'équipage montait. Bref au bout d'une journée de navigation nous n'avions guère avancé et la perspective d'une traversée interminable se profilait. Ça a encore duré une seconde journée avec toujours un vent de sud ouest qui nous a obligé de descendre le long de la côte marocaine et je me demandais si nous ferions escale à Casablanca. Puis il y a eu une matinée sans vent où nous avons mis le cap sur Porto Santo et le vent a enfin tourné à l'ouest, puis au nord ouest et enfin au nord nord est.

Et pour compléter le tableau, le moteur s'est arrêté dans le port à l'arrivée et nous avons eu bien du mal avec le vent pour réussir à nous amarrer sans casse.

Pour la suite, Michel VALLET nous quitte mardi : il a fait son expérience de traversée et nous attendons Gilles COURBON et Valérie FERRAT pour une semaine dans l'archipel, en espérant que le vent sera moins fort.

A bientôt,

René


Le 30 octobre 2007

Bonjour à tous et à toutes,

LOF est arrivé lundi 29 octobre à Mindelo à 19h15 locales (TU-1).

Le jour nous a lâchés à l'entrée du port et nous avons été guidés par radio et projecteur dans "la plus belle baie du monde", une de plus ! par Philippe du Comité d'organisation au milieu des cargos mouillés sans feu, des épaves et autres voiliers au mouillage. Quand nous avons touché le ponton, une douzaine d'équipages nous attendaient joyeusement. Parmi eux, Georges et Christiane CHYDERIOTIS que nous avions beaucoup de plaisir à retrouver ici.

J'ai regretté de ne pas avoir emporté de fusées périmées pour faire mon arrivée "Route du Rhum". Le Rhum, le punch nous attendaient car c'était
l'heure du premier pôt d'accueil, celui des organisateurs, car tout à l'heure il y aura celui de Madame la Maire de Mindelo.

Nous étions partis mardi matin de Tenerife à 7h15 TU et nous avons donc parcouru 856 milles nautiques en 157 heures soit une moyenne de 5,5 noeuds. Nous sommes partis et arrivés avant derniers, mais nous avons marché aussi vite que des bateaux bien plus grands. Si nous étions partis dimanche comme prévu, nous serions arrivés dans le premier tiers.

Les deux premières journées, le vent a été un peu capricieux et nous avons alterné des moments sous spi (peu de vent), des moments moteur (pas de vent) et des moments GV + Génois (vent plus établi). Au total 17 heures de moteur sur ces deux journées.

Puis le vent s'est établi du nord nord est, tournant peu à peu à l'est en se renforçant. La nuit de Dimanche à lundi et la matinée de lundi ont été assez éprouvante, LOF navigant dans une mer assez forte de trois quart arrière.

L'arrivée a été magnifique, le nord de l'île de Sao Vicente éclairé par le soleil bas était splendide et les accélérations du vent entre les îles n'ont pas été trop fortes.

Nous avons eu quelques bonheurs simples au cours de cette traversée d'une semaine : d'abord nous n'avons croisé que très peu de bateaux, impression d'être seuls sur l'océan, entre ciel et mer, magie que beaucoup d'entre vous connaissent. Au matin, un groupe de dauphins vient faire un bon bout de route avec LOF et Michèle fait de superbes photos que vous pourrez voir sur le blog : "lofrene.over-blog.com".

Georges a pêché et nous avons dégusté trois dorades coryphènes, Didier a vu une baleine dont Michèle n'a aperçu que le souffle et nous avons ramassé sur le pont nos deux premiers poissons volants, sans parler de celui qui a sauté directement dans mon cou à la cuisine et a raté de peu la poêle pour finir en filets crus au citron à l'heure de l'apéritif. Ca signifie que nous sommes bien entrés dans les eaux tropicales, car ici il fait très beau et c'est toujours l'été.


 le 12 novembre 2007

LOF a quitté le mouillage de SAL REI sur l'île de BOA VISTA et du même coup la République du Cap Vert. Nous étions arrivés jeudi vers une heure après-midi, avec un vent forcissant autour de vingt noeuds. Le mouillage est bon quoiqu'un peu loin de la plage : ce fut l'occasion pour nous d'essayer enfin le moteur de l'annexe, un TOHATSU 3,5 CV 4 temps qui va bien.

Je vous avais laissé à notre arrivée à Mindelo. La ville est assez développée, avec une vie culturelle et festive importante. C'est aussi à Mindelo qu'habite Cesaria Evora. Il y a une Alliance Française, avec un petit restaurant très agréable et un centre culturel où nous avons participé à deux soirées de la semaine du cinéma africain. La première fois d'autres équipages étaient venus, mais le film "Tilaï" était en langue locale, sous-titré en Portugais et j'ai du expliquer certaines séquences à la sortie. La deuxième fois c'était la soirée de clôture et toute la colonie sénégalaise était présente, nous étions les deux seuls blancs pour voir un très beau film sud africain "Drum". Il y avait une tombola et j'ai gagné ... une chemise sénégalaise !

Nous avons fait deux ballades en "aluguer" (voiture pick-up de location avec chauffeur) sur l'île, mais le point d'orgue a été notre visite de trois jours à Santo Antao qui nous a offert en randonnée des émotions fortes et colorées. Paysages à couper le souffle, routes aériennes parfois entre deux précipices. Côté humain, le retour des pêcheurs à Ponta do Sol vaut le voyage : vous verrez des photos sur le blog. Mais il faut se dépêcher d'aller au Cap Vert car le tourisme arrive avec ses plaies habituelles.

Et nous avons quitté Midelo mercredi 7 novembre pour une navigation sans histoire de cent trente sept milles jusqu'à Sal Rei.

Vendredi, Christiane et Georges Chydériotis ont débarqué pour retourner dans la froidure. Ils reviendront à Salvador de Bahia le 22 décembre et ont fait des "au revoir" aux bateaux avec lesquels nous avons plus particulièrement sympathisé, Bob et Amelia de Scallywag, Geoffroy et l'équipage de Zizanie, Patrick et Evelyne de Julia, Philippe et Florence de Stargazer...
Nous nous retrouvons à trois avec une impression de presque vide. Nous avons fait une randonnée à pied en empruntant une vallée dont la rivière est asséchée, mais qui restait verte, avant de déboucher sur des paysages de dunes près de l'aéroport.
Dimanche, nous avons pris un aluguer pour faire le tour de l'île avec deux autres équipages. Des paysages très beaux et assez variés malgré tout, des plages interminables et désertes, des villages assez coquets, la pauvreté est moins apparente que dans les autres îles que nous avons visitées. Nos avons parlé avec l'institutrice d'un village qui nous a parlé des difficultés liées à l'isolement : le collège à 18 km et le lycée dans une autre île. Une petite université à Mindelo, mais deux des enfants de ma collègue font leurs études à Lisbonne et à Paris.

Jeudi soir, deux bateaux avaient organisé un barbecue avec deux cabris grillés. Didier et Michèle n'ont pas réussi à manger leur part, alors que je me suis régalé avec cette viande certes un peu dure, mais goûteuse. Nous étions une trentaine et c'était très convivial, une bonne occasion de mieux connaître d'autres équipages.

Et maintenant, nous faisons route vers Dakar et le Sénégal où nous espérons arriver jeudi.


le 23 novembre 2007

La traversée vers Dakar a été assez rapide : 69 heures pour 349 milles nautiques, soit près de 5,5 noeuds de vitesse moyenne et seulement une heure de moteur. En revanche, la mer fut plutôt houleuse et le second soir, personne ne se sentait en état de cuisiner et même de manger normalement. De plus la pêche n'a rien donné, sinon une nouvelle prise de l'éolienne agrémentée de la prise conjointe du safran, ce qui a donné à Michèle l'occasion de plonger sous le bateau pour dégager la ligne, avant une longue séance de démêlage. Après quoi nous avons bien remis à l'eau, mais sans succès. Heureusement, "L'EMBELLIE" a pris un gros espadon et a fait une distribution de poisson frais aux bateaux qui n'avaient rien pêché.

L'arrivée à Dakar au matin était magique. Après s'être fait tirer par le phare de la Mamelle Ouest, la lumière a peu à peu éclairé le Cap Vert, les deux Mamelles, les îles de la Madeleine. Nous avons viré le Cap Manuel pour entrer dans la rade et découvrir l'île de Gorée sous le vent de laquelle nous avons viré de bord pour arriver à la voile jusqu'au mouillage. Il était 9h1/4. D'abord il a fallu nettoyer le bateau qui avait embarqué une quantité d'eau de mer pendant la marche au près vers le Sénégal par le puits de chaîne malgré le capuchon réalisé par Michèle pour le guindeau et faire ou donner à faire la lessive. Puis nous avons savouré les douches de l'hôtel Sofitel, ses sanitaires et sa piscine et nous avons commencé à visiter Dakar. .

Michèle voulait absolument se faire faire une robe. Il a fallu chercher le tissu dans des boutiques où selon leur propre expression, les vendeurs sont « collants comme les mouches, mais ne piquent pas comme les guêpes ». Ca nous a occupé une bonne partie de l'après-midi, après un repas sénégalais de base pris auprès d'une des mamas du marché Kermel. Ambiance et authenticité garanties. Ceci provoque chez certains participants au rallye des réactions curieuses, comme celle de nous observer pour voir l'évolution de l'empoisonnement inévitable.

Nous sommes allés à Gorée visiter l'île et la maison des esclaves. Il y avait beaucoup de monde car se tenait du 15 au 18 novembre le « Gorée Diaspora Festival ». L'île est très belle avec un petit parfum de Porquerolles et je n'ai pas ressenti toute l'émotion attendue. D'ailleurs le guide Hachette conteste la position de plaque tournante du Marché aux Esclaves qu'aurait été Gorée. Où est la vérité ? Gorée reste malgré tout un symbole et un lieu de mémoire. J'ai aussi rencontré sur l'île l'ambassadeur du Vénézuela à l'occasion d'une expo sur Simon Bolivar dans un stand de la République Bolivarienne du Vénézuéla. Dimanche, nous étions sur l'île de N'gor juste devant le Cap Vert. C'était très beau. Nous y sommes allés par le bus sénégalais et j'ai rencontré un jeune collègue prof de Sciences de la Vie et de la Terre au collège... Pie XII! Nous avons échangé nos adresses et j'ai transmis à Christiane Chydériotis qui suit LOF avec ses élèves de cinquième.

Lundi soir nous étions reçus à l'ambassade de France, très bon buffet avec vue sur la rade, et beau discours littéraire de l'ambassadeur qui n'est autre que Jean-Claude Ruffin, l'auteur de « Rouge Brazil », avec plein de militaires français et d'officiels sénégalais.

Mardi nous étions les invités du Ministre du Tourisme pour aller visiter le lac Rose. Départ dans deux autocars presqu'en bon état, avec deux motards pour nous ouvrir la route au milieu des embouteillages, ce qui nous a permis de réduire notablement la durée du voyage.
Tour du lac en véhicules tout terrain, arrêt auprès des paludiers qui ramassent le sel au fond du lac qui est saturé en salinité et le font sécher sur les rives où il est nettoyé et mis en sac. Arrêt dans un village Peulh où on nous montre le pilon à mil, la chambre d'une épouse et de ses enfants. Tout ceci est d'une grande pauvreté, mais peut-être moins sinistre que la vie dans les bidonvilles et autres constructions précaires qui bordent la route. Ensuite nous passions au magasin coopératif du village où nos émotions se monnayaient contre quelques objets d'artisanat. Repas simple offert par le Ministère puis retour. Mais à ce moment l'un des autocars ne put pas démarrer. Nos hôtes en firent venir un autre que nous attendîmes pendant près d'une heure et demie, et ensuite ce fut la chevauchée fantastique derrière nos motards pour rentrer à Daklar. Les deux flics prenaient tous les risques pour écarter la circulation, nous faisant même prendre la voie rapide et un giratoire à contresens. Dans la pagaîe habituelle de la circulation sénégalaise, nous ajoutions notre part et nous étions plusieurs à être gênés voire à avoir un peu honte...


Le 30 novembre 2007

SALOUM

Nous sommes partis de bon matin avant le jour... (air connu).
Appareillage du mouillage de l'anse Bernard à cinq heures et demie pour les petits bateaux, les moins rapides. Il y a soixante mille pour Djifère. Philippe nous a bien recommandé de veiller aux pirogues non éclairées des pêcheurs.
La flotille s'ébranle au moteur : il y a peu de vent et on manoeuvrera mieux si c'est nécessaire. Nous sommes partis dans les premiers et pour une fois, nous avons les feux verts et rouges derrière nous.
Le vent arrive avec le jour. Nous hissons aussitôt, comme la plupart des autres. Le vent va être très irrégulier toute la journée : nous mettrons et arrêterons le moteur plusieurs fois, nous prendrons un ris et quelques tours de génois pendant une petite heure.
En approchant du Saloum, les fonds remontent à moins de dix mètres et nous évitons les barques et les filets très nombreux. La ligne de LOF prendra une pirogue qui coupe notre route par derrière et nous perdrons ainsi notre premier leurre. D'autres se lassent vite de ce petit jeu. Finalement nous nous retrouvons derrière, juste avant DIKENEC, ce qui nous vaudra d'entrer dans le fleuve au soleil couchant avec une très belle lumière que les autres n'auront pas eue.

Djifère est un « village informel », selon l'expression de Philippe : des pêcheurs avec leurs longues pirogues rapides qui rapportent beaucoup de poissons que des camions viennent chercher le jour même car ici il n'y a aucun moyen de réfrigération. Une partie de la pêche est conservée au sel pour être vendue aux Guinéens, une autre est fumée et séchée au soleil. Il y a beaucoup de mouches et l'odeur est forte.
Hier la pêche s'est mal vendue et des quantités de poissons ont été déversées sur la plage que la mer emportera peu à peu.
Michèle et moi délaissons le restaurant de l'hôtel pour partir à la recherche d'une table plus authentique. Nous nous arrêtons à un restaurant sénégalo-vietnamien qui nous sert un yassa de dorade pour moins d'un euro en nous racontant sa vie de fils d'un tirailleur sénégalais et d'une vietnamienne. Il vit ici avec sa seconde femme, très belle malgré de nombreuses maternités : lui a eu treize enfants avec deux femmes ! Il nous apporte des photos de sa famille . C'est tellement bien qu'on revient le soir avec Stargazer, une partie de Zizany, Lama lo, Philine, et Bernard de Vent d'Arguin.

Vendredi matin, nouveau départ matinal au petit jour. Il s'agit de profiter du courant du à la marée pour remonter jusqu'à Foundiougne, distante de vingt sept milles, distance que nous couvrons contre le vent en trois heures et demie.
Ici c'est un vrai village propre evec son hôtel de ville, son église et sa mosquée, ses commerces, son animation. Lorsque le vent tombe vers midi, la chaleur nous écrase et nous attendons que les heures chaudes passent avant d'aller à la découverte... et à la recherche d'un restaurant que nous trouvons après être sortis de la zone des « Toubabs », c'est à dire des blancs sénégalais ou étrangers. Celui-ci s'appelle modestement le meilleur restaurant africain et nous sommes treize à table, car Bernard qui n'avait pas réservé vient manger l'assiette de Didier qui n'aura pas de poisson.

Samedi nous partons en pirogue pour une découverte des bolons, c'est à dire des bras du fleuve qui s'égarent dans la mangrove. Il y a Yves et René d'Imérina, Florence et Philippe de Stargazer, Sylvie et Patrick de Zizany et Daniel de Vent d'Arguin. Un peu décevant car il aurait fallu venir à l'aube ou au crépuscule pour bien voir les oiseaux.
Nous visitons un village de pêcheurs, Diamniadio où les enfants viennent nous prendre par la main pour nous accompagner. Les pêcheurs sont en mer, l'école « française » est fermée, on nous fait visiter l'école coranique et monter dans le minaret de la mosquée et on nous sollicite pour aider ces deux institutions. Difficile de refuser, mais quand même, je me tiens à mes principes de laïcité, en regrettant que l'école française, c'est à dire l'école publique, soit fermée. Les enfants nous suivent jusqu'au port et il est aussi difficile de savoir quelle attitude adopter face à leurs sollicitations. Nous quittons Diamniado et après un détour vers une « île aux oiseaux ? » nous nous dirigeons vers une plage où nos accompagnateurs ont prévu le repas sous une cabane de branchages. Petite trempette dans une eau très peu profonde avant d'attaquer un délicieux poisson grillé accompagné d'oignons à la moutarde. Michèle attend vainement assiette et couvert : nous déjeunons à la sénégalaise en déchirant les morceaux de poisson avec nos doigts et en prenant les oignons en nous aidant d'un morceau de pain. La Gazelle (la bière) et l'eau sortent de la glacière, celle de nos sacs est à 50 degrés ! Dessert pastèque, toujours avec les doigts. Comme nous sommes en maillots de bain, il suffira ensuite de retourner se tremper dans le fleuve pour nettoyer sur nos peaux les traces du repas.avant le retour à marée basse à Foundiougne, ce qui nous permet de débarquer dans la vase. Belle journée malgré tout pour l'ambiance et le repas.


Le 14 décembre 2007

Voici quelques nouvelles du large. LOF taille sa route à près de 6 noeuds vers BAHIA. On est les plus petits, mais les petits c'est teigneux : je
crois bien que j'ai enfin pleinement retrouvé le plaisir d'être en mer, grâce à Michèle, grâce à Michel (Vallet) que je remercie de m'avoir stimulé,
grâce à Christiane et à ses élèves. Merci à tous et à Didier mon équipier jusqu'à Dakar.

La transat' : Dakar - Salvador de Bahia 2 - 12 décembre 2007 : jusqu'à l'équateur

Dimanche 2 décembre : (14°40' lat.Nord ; 17°26' Long. Ouest) le départ de Dakar. LOF relève son mouillage à 10h40 TU soit 1h40mn après l'ouverture de la ligne de départ du groupe 1. Les derniers préparatifs ont été faits dans la fièvre car ici au Sénégal, l'heure ne veut rien dire. Il a fallu essayer au dernier moment le nouveau groupe électrogène fourni par Alloune, avec l'aide de Philippe de STARGAZER, et récupérer un genre de facture établi par le même. Dernier retour à terre pour Michèle, dernière poubelle, dernier bidon d'eau, dernière douche. Le bateau taxi est appelé de partout à la fois. Nous partons en même temps que ALL THE COLORS, L'EMBELLIE et IMERINA. DIKENEC, en carénage, partira demain : Daniel espère aller plus vite. Très peu de vent pour quitter Dakar. La route est au 250° pour ne pas aller dans les calmes du golfe de Guinée. A 14h30 le vent est suffisant pour envoyer le spi. Michèle nous montre de gros dauphins, peut-être des globicéphale qui sautent hors de l'eau, tout près du bateau. Certains ont des poissons bleu fluo accrochés à leur flanc. A 17h30, le vent tourne plus Nord et nous amenons le spi. Jusqu'à la nuit nous communiquons par VHF avec nos voisins.

Lundi 3 décembre : 13°50' lat Nord ; 19°34' Long. Ouest ; 136 milles parcourus. Première nuit en mer ; A cinq heures du matin les rafales à 25 noeuds nous font rouler le génois. L'après-midi, nous empannons les voiles pour faire un peu de sud : cap au 235°, puis au 220°. Michèle est barbouillée : la Malarone, médicament anti paludéen est accusée. Didier et moi ne somes pas non plus au mieux.

Mardi 4 décembre : 12°34' lat.Nord ; 21°07' Long.Ouest ; 261 milles parcourus. Les vacations radio BLU ont commencé, c'est Michel de L'Embellie qui les anime. Aujourd'hui à midi, 11 bateaux sont sur la fréquence 6935.. Ce soir, c'est LOF qui anime. Michèle va mieux mais elle a dormi une bonne partie de la journée.

Mercredi 5 décembre : 10°47' lat.Nord ; 22°35' Long.Ouest ; 400 milles parcourus. Cette nuit à vingt-trois heures TU, SILENE 2 s'est trouvé sans gouvernail, sans électricité et bientôt sans moyens de communication. Heureusement la solidarité a joué : DUTCH LINK est resté sur zône et SAKTI a assuré les liaisons radio nécessaires. Au petit matin le chef de bord de SILENE a demandé l'assistance de la marine sénégalaise.
IMERINA a perdu, à peu près à la même heure, sa barre de flèche tribord et continue sous grand voile à trois ris et tourmentin.Yves m'a prévenu par un radio mail envoyé également à l'organisation et j'ai répondu un peu vite, que j'allais essayer de me rapprocher de lui. Mais Yves est loin devant, plus nord et plus ouest. Pour nous, la mauvaise nouvelle du jour, c'est la perte de notre unique ligne de pêche : une grosse touche sans doute, qui a tout emporté, le bas de ligne avec le rapala et les trois cents mètres de fil. Depuis 3h45, suite à un radio-mail météo des organisateurs, nous faisons route directe vers Salvador, distante de 1700 milles. Certaines balises de positionnement ne fonctionnent plus, L'Embellie envoie les positions que nous annonçons à la BLU pour la mise à jour du site.

Jeudi 6 décembre : 8°45' lat.Nord ; 23°47'Long Ouest ; 540 milles parcourus. Aujourd'hui, alors que LOF a battu son record de distance en vingt-quatre heures avec cent quarante milles, nous nous sentons très seuls sur l'océan : notre système de radio-mails ne fonctionne plus ; impossible d'envoyer ou de recevoir des nouvelles. Ca tombe vraiment mal après seulement 4 jours de traversée, au moment où nous allions le plus l'apprécier. LOF navigue sous grand voile un ris et trinquette tangonnée.

Vendredi 7 décembre : 7°03' lat. Nord ; 24°32' Long. Ouest ; 651 milles parcourus. A deux heures dumatin, Michèle me réveille : un cargo croise notre route, y a-t-il risque de collision. Je l'appelle par VHF en anglais. Il me répond qu'il fait de l'ouest et qu'il va passer largement devant nous. Un autre cargo l'après-midi, en sens inverse, vers Panama sans doute. Nous avons remplacé la trinquette par le génois. Le ciel se couvre de lourds nuages.

Samedi 8 décembre : 5°25' lat.Nord ; 25°15' Long Ouest ; 759 milles parcourus. Un paquebot sans doute passe sous l'horizon nocturne : je ne vois qu'une forte lueur, le navire reste invisible. Nous avons navigué une partie de la nuit sans voile d'avant après avoir enlevé le tangon. Le ciel reste très chargé. Je pense que nous entrons dans la zone de convergence intertropicale, le fameux « pot au noir ». Silène est de retour à Dakar, sain et sauf. Un plongeur a constaté l'absence totale de safran sur l'Harmony 47. Imérina est par 6°57' Nord et 27°11' ouest, loin de la flotte. Nous pensons tous à lui.

Dimanche 9 décembre : 4°04' lat.Nord ; 25°54' Long. Ouest ; 850 milles parcourus. Après une nuit tranquille,vents d'est à sud-est force 3, à cinq heures et quart, le vent monte brutalement à vingt noeuds, toujours sud-est et bientôt une petite pluie bienfaisante s'abat dans le cockpit. Rien à voir avec les quarante noeuds annoncés par Nicolas du CO. Notre premier grain mérite-t-il son appellation ? Puis le vent se calme à mesure que le grain s'éloigne et que le ciel s'éclaircit vers l'est. Pendant un moment, je joue à régler les voiles, puis je réveille Didier. La vitesse tombe au dessous de deux noeuds. Je démarre le moteur, enfin j'essaie. Rien, pas même un petit bruit du côté du démarreur. Il fait à peine jour, je décide d'attendre d'y voir clair pour regarder ce qui se passe.Mon dodo de six heures est fichu. Encore un pépin, un de plus. Une heure plus tard, alors que le vent a un peu repris, nous découvrons que c'est la boîte du kit d'isolation qui est responsable. Pas grave, sauf qu'il faudra trouver à Salvador un électricien pour la refaire car elle est toute cassée à cause de l'installation d'origine. Toute la journée, nous allons jouer avec les grains qui enfin nous aident à rincer le bateau de tout le sel et toute la terre accumulés depuis que nous navigons près des côtes d'Afrique. Les couleurs du ciel et de la mer, sans cesse changeantes nous émerveillent. Michèle s'amuse enfin sur cette traversée et s'extasie devant le spectacle. Nous nous faisons rincer à tour de rôle dans le cockpit de LOF, tout en maintenant parfois le moteur afin d'avancer vers l'équateur et retrouver au plus tôt l'alizé de l'hémisphère sud.

Lundi 10 décembre : 2°39' lat.Nord ; 26°47' Long Ouest ; 953 milles parcourus. La nuit a été longue. A une heure du matin, Michèle était de quart. Nous naviguions grand'voile haute et génois roulé de cinq tours. Le vent monte. J'aurais dû reprendre le ris avant la nuit ! » Puisque je ne l'ai pas fait, allons-y ! Je prends le ris et retourne me coucher jusqu'à l'heure de mon quart, trois heures. La première heure se passe calmement, je me prépare une soupe minute. Puis le vent monte : dix-huit, vingt, vingt-cinq, vingt-huit noeuds ! J'ai mis le pilote en stand-by et je barre sous le grain assez fort qui dure près d'une heure. A six heures, c'est le quart de Didier. Je me recouche, mais le vent monte à nouveau. Impossible de dormir avec la gite et les mouvements du bateau. Je me rhabille : deuxième ris et quelques tours sur le génois que j'avais totalement dérouilé au début de mon quart.. Retour à la couchette. L'eau rentre par le guindeau et sans doute par le capot de descente. Il faut pomper. La pompe électrique Johnson est une vraie m... : elle ne débite rien. Nous pompons comme les Shadocks à la bonne vieille Henderson. Dans le poste avant nos pommes de terre sont dans un seau d'eau de mer ; notre cabine est toute humide. Les grains se succèdent tout le matin, puis le temps s'assagit et nous nous prenons à espérer que c'en est fini du pot au noir... Didier a aperçu une voile sur tribord arrière vers 7 heures : après le grain, elle avait disparu. Imérina, avec sa réparation de fortune a recollé à la flotte.

Mardi 11 décembre : 1°17' lat.Nord ; 27°50' Long Ouest ; 1 058 milles parcourus. Belle journée : à bord tout le monde est maintenant bien dans le rythme et nous apprécions cette dernière journée dans l'hémisphère nord très ensoleillée. Seul bémol, le vent refuse de plus en plus et nous entraîne trop à l'ouest. Heureusement la météo des prochains jours prévoit un basculement du vent vers l'est. L'après-midi un pétrolier géant (?) nous remonte loin sur tribord. Nous préparons la rencontre avec Neptune, Dieu de la Mer qui devrait monter à bord demain matin, peut-être accompagné de Iémanja ? Ce soir, belle vacation BLU avec l'intervention inattendue de
Pierre, 14 Golf Mike, un radio de la Drôme. Curieux : nous n'arrivons pas à joindre certains bateaux à quelques dizaines de milles et nous avons une bonne liaison avec la France !

Mercredi 12 décembre : 0°17' lat.Sud ; 28°55' Long Ouest : 1 175 milles parcourus. Ce matin Neptune est monté à bord à 5h42 (TU-1), ce qui veut dire que nous franchissions l'équateur alors que l'aube blanchissait. Il avait été précédé par un oiseau sombre, sans doute épuisé, qui voulait absolument se poser sur la tête du chef de bord ! Peut-être le même qui est venu se soulager cet après-midi sur... Michèle. A cause de l'heure matinale, en accord avec Neptune, nous avons remis la cérémonie à la fin de la matinée et même à l'heure du repas que nous avons partagé avec lui : cassoulet au confit de canard et tiramisu préparé par Michèle, arrosé d'un Principe de la Paz, vin d'AOC de Navarre. Il était content et il est passé sur la faiblesse de certaines réponses : les deux aspirants ont été adoubés « Chevaliers des Mers ». Ils devront toutefois se purifier chaque matin avec l'eau de l'océan.


Le 21 décembre 2007

LOF est arrivé ce matin à Salvador de Bahia. L'accueil des autres bateaux à leur "bébé" comme nous appelle affectueusement Viviane de Sakti, a été aussi chaleureux que celui de Mindelo. Mais depuis l'équateur, les émotions ont été variées à bord. Lisez plutôt.

La transat' : Dakar - Salvador de Bahia 13 - 20 décembre : l'hémisphère sud

Jeudi 13 décembre : 2°18' lat.Sud ; 29°36' Long Ouest ; 1 302 milles parcourus. Les jours se suivent... Alors que nous nous préparions à un schuss sans histoire vers Bahia, ce matin le vent a forci et levé la mer. Le bateau s'est mis à taper, jusqu'à ce que le chef de bord se lève et propose de prendre le premier ris. Au point de 10h40 TU, celui que je reporte sur la routière, nous avons abattu de 10 degrés, le près est devenu bon plein : plus confortable. Il a ensuite fallu évacuer l'eau de mer : Didier a mis un tuyau dans le puits de chaîne et un seau, mais ça ne suffit pas : vider le seau très souvent et pomper ce qui passe à côté et il en passe ! J'ai une idée de solution à réaliser à Bahia et une autre pour étancher autour du capot de descente. Si le vent ne mollit pas ou ne tourne pas plein est, la descente sur Bahia sera humide. Point positif, ça va très vite et je commence à envisager une arrivée dans une semaine. Ce soir j'ai pris le second ris par précaution avant d'aller me coucher.

Vendredi 14 décembre : 4°21' lat.Sud ; 30°48'Long Ouest ;1 446 milles parcourus. J'avais bien fait de prendre le second ris : la mer très formée attaque LOF par tribord. Toutefois, la nuit se passe assez bien ; nous, et je , dormons à peu près normalement et je profite de mon quart de nuit pour mettre à jour le courrier Seamail : la liaison est plus facile de nuit. Je suis même optimiste à la vacation radio du matin : nous sommes à moins de 700 milles de l'atterrissage et LOF a fait 144 milles en 24 heures (record). L'après-midi, j'ai un contact VHF avec deux voiliers, Imagine et Maclow qui ne sont pas du rallye, qui nous remontent sur tribord et avec un cargo en route pour le Portugal qui passe tout près sur babord. On nous annonce que le vent et la mer vont se calmer, mais nous n'avons pas vu le soleil aujourd'hui, on embarque toujours de l'eau de mer et je vois arriver la nuit avec un peu d'inquiétude : combien de temps tiendrons-nous ?

Samedi 15 décembre : 6°13' lat.Sud ; 31°49' Long Ouest ; 1574 milles parcourus. La nuit a tenu ses promesses. Le vent est monté jusqu'à 27 noeuds pendant le quart de Michèle et il a fallu pomper et vider le seau du poste avant chaque demi heure. Le poste avant est trempé, tout est humide et derrière, le siège du navigateur et les environs sont douchés régulièrement. Heureusement la table à cartes, le carré et les cabines sont épargnés. A la vacation du matin, j'écoute les autres bateaux : Riga a ses toilettes électriques en panne et surtout Dikénec n'a plus d'électronique, ni de pilote automatique et ils sont deux à bord. Je me dis que nous ne sommes pas les plus mal lotis. Pendant ce temps, Voahangy, cata de 50 pieds, abat 230 milles en 24 heures. Dans la journée, le ciel se dégage par moment et nous voyons enfin le soleil. Vers quatre heures, j'abats de dix degrés avant la nuit : çà devient un peu plus confortable.

Dimanche 16 décembre : 8°13'lat.Sud ; 32°53' Long Ouest (à 11h40 TU); 1 704 milles parcourus. La journée commençait bien : l'océan calmé, le vent à 12/13 noeuds derrière, le soleil. Je décide d'envoyer le spi. Hélas ! Didier et Michèle l'avaient pourtant gréé assez vite. Il n'y avait pas de faute, mais au moment de l'envoyer, nous avons cafouillé, écoute en partie bordée qui empêche de hisser à la volée, le vent qui monte à 18 noeuds, ça dure un peu, pas tellement car soudain je vois notre belle bulle se déchirer, s'ouvrir en deux, la partie haute tombant à la mer. Nous amenons la partie basse et allons, au moteur récupérer l'autre morceau qui heureusement flotte encore. Puis nous tangonnons le génois dans un vent retombé à dix noeuds à peine. Pas drôle. Nous avons raté l'heure du point quotidien de 10h40 TU et le début de la vaction radio. La journée se déroule ensuite calmement, le vent reprenant un peu de vigueur. Désormais et plus que jamais, je considérerai le spi comme une voile de petit temps. Ce soir nous changeons l'heure du bord qui passe à TU-2. Nous empannons pour reprendre la route directe, puis le vent monte et à 23h15 je prends le premier ris et deux tours de génois, de nuit, comme d'hab. !...

Lundi 17 décembre : 9°33' lat.Sud ; 34°09' Long Ouest ; 1821 milles parcourus. Cette nuit nous avons vu une grande lueur sur tribord : c'était Récife, premier signe de proximité de la terre depuis plus de deux semaines. Nous commençons à sérieusement envisager l'arrivée à Salvador et les projections donnent une arrivée de nuit. Faute de pouvoir accélérer, il va falloir ralentir pour arriver au matin jeudi. L'Embellie arrive demain matin, ainsi que Julia et Sakti avec lequel nous avons souvent eu une liaison radio ces derniers jours. Michel me demande d'assurer les vacations, à partir de demain. Journée calme sous GV à un ris et génois tangonné avec quatre tours, tribord amures. Le soir comme hier le vent monte et avant d'aller me coucher, je prends le second ris et quatre autres tours sur le génois.

Mardi 18 décembre : 10°47' lat Sud ; 35°44' Long Ouest ; 1941 milles parcourus. C'est encore allé très vite cette nuit. Un cargo faisant presque route inverse a coupé notre route à moins d'un demi mille sur l'avant sans daigner répondre à mes appels à la VHF. Au matin empannage pour ne pas trop se rapprocher de la côte et de ses dangers, elle est encore à une quarantaine de milles. Je roule un moment le génois pour ralentir.
Les vacations radio se passent dans des conditions de propagation excellentes. A bord et à la radio, tout le monde parle de l'arrivée : certains pour arrêter d'être secoué, beaucoup pour ce qui leur manque le plus à bord : de la viande rouge ou une Bière en terrasse. Le soir nous nous remettons babord amures avec seulement la grand voile à deux ris et comme les jours précédents, le vent monte jusqu'à vingt-cinq noeuds dans les rafales. Cette nuit nous voyons les lueurs d'Aracaju devant lesquelles passe un cargo en limite de visibilité.

Mercredi 19 décembre : 12°07' lat.Sud ; 37°03' Long Ouest ; 2053 milles parcourus. Nous avons passé la nuit sous grand voile seule et le vent d'est, force 4/5 nous a cependant fait avancer à 4,5 noeuds. Ce matin il fait très beau et le vent tombe un peu. Il faut calculer pour arriver de jour. Nous renvoyons le génois tangonné pendant une partie de la journée. A la vacation radio du soir nous sommes à 52 milles du way point d'atterrissage. A la fin de cette vacation, la dernière pour moi, Quatorze Golf Mike, notre ami de la Drôme intervient pour nous souhaiter un bon séjour au Brésil et nous donner rendez-vous début février.

Jeudi 20 décembre : 12°58' lat Sud ; 38°31' Long Ouest ; 2168 milles parcourus. La nuit a été belle, Salvador s'est peu à peu révèlée, d'abord lueur, puis lumières, puis le farol da Barra. Quand le jour se lève les immeubles modernes du front de mer apparaissent. Le vent tombe en fin de nuit. Le temps est splendide. Lof qui continue à la voile se fait passer par Scallywag et Bacchus. Après le phare, nous entrons dans la mythique Baïa de todos os Santos. Des cargos sont au mouillage à l'ouest, tandis qu'à l'est nous longeons une côte escarpée et pittoresque. Nous amenons les voiles. Patrick nous appelle à la VHF et nous guide jusqu'à la place qui nous est réservée dans la marina du Terminal Maritimo. Au moment où nous entrons une salve de pétards éclate. Les équipages arrivés avant nous nous font une ovation et une Bahianaise en costume nous offre la caïpirinha,des fruits et des bracelets à la marque du Senhor de Bonfim. Il est 8h50 à Salvador, 11h50 en temps universel, la Transat a duré un peu plus de dix huit jours.


Le 6 janvier 2008

Fin d'année au Brésil

Après l'accueil chaleureux des bateaux arrivés avant nous, il a fallu retrouver la terre et d'abord le ponton, après vingt jours de mer. La journée de jeudi a été un peu cotonneuse, pas beaucoup de courage pour nettoyer LOF et le remettre en état. Voir Marcello pour la bague hydrolube supérieure de la mèche de safran et pour le boîtier du kit d'isolation moteur et ici ça prend beaucoup de temps. Didier a commencé à s'occuper de l'entrée d'eau par le puits de chaîne.

Vendredi à cinq heures, réunion des skippers au deuxième étage du Terminal. Réunion soporifique. La seule partie intéressante, celle où Nicolas nous donne quelques indications pour nos navigations dans la baie et au sud de celle-ci arrive quand tout le monde n'en peut plus. Les esprits sont déjà tournés vers l'apéritif ponton entre les équipages qui remplace la soirée d'accueil annulée. On y chantera la chanson pour L'Embellie, on boira beaucoup et on s'en souviendra comme d'un bon moment.

Le week-end se passe, un peu mort dans le quartier du Comercio. Sur le bateau, les gars de Marcello sont d'une redoutable inefficacité pour
arracher la bague hydrolube. Il faut dire que leur outillage laisse largement à désirer. Marcello quant à lui va d'un bateau à l'autre et est insaisissable. Didier aide comme il peut et le temps passe.

Lundi 24, nous préparons le réveillon collectif au restaurant du "Terminal Maritimo". Nous apprenons que Christiane et Georges n'ont pas eu d'avion hier soir à CDG et qu'ils ne seront probablement pas au réveillon. Finalement ils arrivent alors que la fête se termine. Mais Christiane
raconte ça mieux que moi, je lui cède le clavier !

"Finalement nous arrivons à heure du matin. Le taxi est rapide, très rapide, zigzaguant entre les différentes voies des axes urbains et nous dépose sains et saufs devant le centre nautique au premier étage duquel on entend encore de la musique brésilienne. Nous tombons dans les bras de René et Michèle et des quelques convives restant ; la première caipirinha du séjour, quelques pas de salsa et les fruits du dessert gentiment gardés pour nous. Et puis, le plaisir de s'installer dans l'exiguité de la cabine arrière tribord. Joyeux Noël !"

Mardi 25 décembre :Réveil matinal par les rayons du soleil qui se lève tôt ici. Nous partons nous balader dans le Pelourinho, la vieille ville haute de
Salvador à laquelle on accède par un ascenseur à 500 m environ du centre nautique. On assiste à la fin d'une des nombreuses messes de Noël dans la cathédrale et arpentons les places et les ruelles aux églises baroques et façades peintes de couleurs pastelles. Nous ne résistons pas au plaisir d'une glace chez « le glacier » du coin : un français marié à une brésilienne en apéritif avant de compléter par un repas sur le pouce dans
une cantine où l'on mange au kilo. Le soir, nous avons ouvert nos cadeaux de Noël, puis préparé l'apéritif ponton que Michèle avait organisé en notre honneur avec nos connaissances capverdiennes. Les bouteilles d'arguadiente se sont vidées allègrement, rien de tel pour rester de bonne humeur.

Mercredi 26 décembre : Nous décidons de partir naviguer dans la Baie de Tous les Saints. Evidemment, après une transat les bateaux ont souffert : la barre est hyper dure, car la nouvelle bague fournie par Marcello est trop serrée, le génois difficile à dérouler. Mais ce n'est pas fini .... Devant l'île d'Itaparica, impossible cette fois de rouler le génois. Il faut donc l'affaler. Puis René s'apprête à faire la manoeuvre de port pour se mettre au ponton et là, ça devient franchement épique. En raison du vent et du courant, le bateau se met en travers, le moteur cale, la quille se prend dans les pendilles et tout le ponton est ameuté, car Lof menace de heurter tous ceux qui sont déjà amarrés. On déhale, on pousse, on tire, un jeune français met son annexe à l'eau pour essayer de tirer le bateau, Georges, toujours plein de ressources, improvise un noeud pour essayer de débloquer la pendille prise sous la quille, mais ensuite c'est un bout qui a fait un tour sur l'arbre d'hélice. La nuit tombe et Michèle courageusement se met à l'eau avec masque et bouteille pour démêler tout ça. Enfin Victoire ! le bateau, libéré, peut être amarré au ponton. Après ces émotions qui ont bien duré deux heures, nous nous faisons notre repas de Noêl avec foie gras ,champagne et banane flambées !!

29 décembre : Didier,le retraité de choc, qui est avec Lof depuis les canaries, vient de repartir. Avec deux autres bateaux nous allons vers le mouillage de Salinas de Margarida, plus à l'intérieur de la baie, en louvoyant entre les bancs de sable : à l'arrivée, caipirinhha à bord d'Imarina avec Julia 2. Après cet apéritif chargé, nous ne pouvions que rentrer à la nage histoire de nous rafraîchir les idées. Ce soir, sortie en annexe dans le village : ce qui est très rigolo, c'est de voir Pères Noêl, guirlandes lumineuses qui décorent places et maisons, crèches, avec les gens en débardeurs, shorts et maillots de bain, le tout sur fond de musique brésilienne sortant de hauts parleurs tonitruants, installés souvent dans les coffres des voitures.

Dans le village nous nous installons dans un café ou lanchonete, pour une bière. Mais à côté il y a une vendeuse d'acarajé : c'est une tradition
bahianaise : des femmes préparent et vendent les acarajé, c'est à dire des beignets de farine de haricots cuits dans l'huile de palme ou huile de
dende, puis coupés en deux et garnis de crevettes séchées, de farofa et de dés de tomates. Nous nous en commandons donc chacun un, enveloppé de papier, et comme c'est un peu bourratif, cela nous sert de dîner.

Dimanche 30 décembre :  Nous remontons en compagnie d'Imerina le large cours du fleuve Paraguaçu, dont les berges sont couvertes d'une riche végétation de palétuviers et de palmiers, jusqu' à Maragojipé. Nous débarquons en annexe dans ce joli et calme village où nous prenons un bus pour Cachoeira qui s'est développée autrefois grâce au tabac et à la canne à sucre. De belles maisons coloniales plus ou moins restaurées, aux façades ornées de reliefs, bleues, vert amande, roses ou orange. Les rues sont parfois sillonnées de cavaliers au grand trot, pieds nus dans les étriers ou bottées avec éperons, ce qui donne une allure de western à la ville. A la nuit nous attendons le bus pour rentrer tout en mangeant des brochettes grillées, achetées à une jeune marchande ambulante.

Lundi 31 décembre  : Après un bref bain matinal, nous redescendons le fleuve : nous avons en effet décidé de réveillonner à Itaparica avec Imerina, dans une ambiance plus tranquille qu'à Salvador. En chemin, nous mouillons entre un îlot et la côte et Georges, Michèle, Le René d'Imérina et moi, nous débarquons en annexe, histoire de voir ce qui se cache dans la forêt. Une petite cabane au bord de l'eau, une pêcheur, sa pirogue et sa famille. Sa femme a un seau plein de crevettes et de poissons qu'ils viennent de pêcher et visiblement, ils s'apprêtent à partir à pied à travers un sentier pour sans doute aller les vendre dans un village ? Voilà le repas du réveillon tout trouvé. Nous achetons deux kilos de crevettes et nous les accompagnons un bout de chemin à travers les grands arbres et les lianes. Et au passage nous cueillons sur l'arbre et ramassons des fruits de noix de cajou, avec leurs noix. Nous savons qu'il suffit après de les faire griller et de leur ôter la peau. Le fruit qui ressmble à un petit poivron orangé est d'un goût un peu âpre. Au mouillage d'Itaparica, nous retrouvons l'équipage de l'Embellie : Denise, Michel, leur fils et son amie, qui décident de se joindre à nous pour réveillonner et nous offrent l'espace plus vaste de leur cockpit, celui d'un Maracuja. Pour Lof, nous préparons bûche au chocolat et pain d'épices et un flanc au fromage et lardons pour l'apéritif. Michèle et moi nous nous sommes évidemment faites belles : maquillage, robes décolletées . Nous sommes, d'après René que je soupçonne d'être un peu partial, les plus belles femmes du rallye, et nous sommes tentées de le croire. Vers onze heures et demie, nous partons en annexe pour nous mêler à la foule et voir le feu d'artifice. Mais les choses ne se passent jamais comme on le pense. En débarquant, René, voulant passer par un dinghy mal équilibré tombe à l'eau. On essaie de le tirer par un bras, par deux bras, tout le monde s'en mêle, même des enfants sur le ponton, mais le fou rire n'aide pas les choses. Heureusement les bras forts de Georges l'aident à émerger et lui permettent de remonter tout ruisselant sur la terre ferme. Puis c'est au tour de Michèle de vouloir prendre un bain ! En me faisant passer son sac (étanche, lui !) elle aussi passe à l'eau. Nouveau fou rire. Et la belle robe noire, toute trempée. Heureusement, j'ai une veste qu'elle enfile et nous voici, dans la foule, tenant la robe comme un drapeau pour la faire sécher. Mais minuit arrive, les feux d'artifice explosent de partout, les Brésiliens sont dans la rue, bouteilles à la main. Nous allons jusqu'à la place pour danser et puis retour, pour une dernière coupe de champagne, cette fois sur Lof avec Yves d'Imérina, pendant que pétards et musique se prolongent jusqu'au jour.

L'équipage de LOF vous souhaite une belle année 2008, beaucoup de bonheurS et de grands rêves, de ceux qu'on ne perd pas de vue. Plein de bisous bahianais à toutes et à tous !


Du 1er au 15 janvier 2008

Bonjour à toutes et à tous,

près le départ des Kidé et de Christiane, je reprends le clavier.

L'après-midi du 1er janvier, nous levons l'ancre pour parcourir à la voile le canal d'Itaparica, presque jusqu'au pont qui l'enjambe en reliant l'ïle au continent. Nicolas nous dira après que nous aurions pu passer sous le pont, mais après une soirée et une nuit magique dans un silence rare au Brésil et sous les étoiles, j'ai préféré rentrer prudemment par la route de l'aller et contourner Itaparica par le Nord. De plus il y a du vent, quinze noeuds, et depuis le rio Paraguaçu, le ridoir du galhauban tribord est cassé. Pour soulager les hauts, j'ai pris deux ris et installé la trinquette, ce qui fait que lorsque nous voulons piquer au près serré sur Salvador après avoir tourné le nord de l'île, les bords sont carrés et les huit milles risquent d'être interminables. Pour ne pas arriver de nuit, j'amène la trinquette et utilise le moteur pour venir à l'abri de la côte est de la baie et rentrer un peu protégé. Le soir, c'est mon anniversaire et c'est l'avant dernier soir bahianais pour Georges et Christiane. Nous retournons dîner au restaurant "Encontro dos artistas" où nous nous étions régalés d'une excellente "moqueca". Demain nous irons à Bonfim, visiter l'église et deux quartiers agréables et calme de Salvador, Bonfim et Boa Viagem , avant de déjeuner "ao quilo" dans un restaurant assez chic de la rua São Francisco. Le soir nous leur offrons un apéritif de départ avec nos voisins de ponton, Imérina bien sûr !

Vendredi 4 janvier : Nous accompagnons, en "Ônibus", Christiane et Georges à l'aéroport. Les meilleures choses ont une fin et nous nous retrouvons seuls, Michèle et moi, pour la première fois depuis presque trois mois.

Pendant trois ou quatre jours, les travaux sur le bateau passent au premier plan de mes préoccupations et je profite de l'aide de René d'Imérina pour faire le démontage et l'entretien du circuit de refroidissement, plus d'un jour et demi de travail, et le désaccouplage du moteur pour changer la courroie de l'alternateur d'arbre que celui-ci a fini par entamer. Pendant ce temps Marcello a retiré la bague hydrolube et l'a faite réalaiser : la barre redevient douce, avec tout de même un peu de jeu, mais semble-t-il "normal".

Pour remercier René de son aide, nous invitons Yves et lui.au restaurant pour manger... la moqueca. Pendant que nous travaillions sur le moteur, Michèle a beaucoup avancé sur le blog, mais comme souvent, au dernier moment, ça bouscule. Nous avons retenu l'hébergement à Lençois pour mercredi et mardi soir nous trouve à l'agence de voyage à acheter nos billets d'avion pour Rio et Iguaçu, avec en plus un dîner prévu avec Imérina et Martine de Alex Marie. La nuit sera courte et les bagages vite faits.

La Chapada Diamantina, 9 au 12 janvier Quatre jours dans la Chapada Diamantina, logés chez Christine, recommandée par Guy Dumas, une petite maison dans la forêt, une hôtesse sympa et dynamique, malheureusement pas libre pour nous servir de guide, mais qui organise notre séjour et devient une amie en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Née au Canada, elle a roulé sa bosse avant de venir s'installer à Lençois il y a 22 ans. Elle héberge son copain, Brian un jeune noir de 28 ans qui nous guidera pendant deux jours et Nadja, une petite beauté brésilienne du même âge, amoureuse d'un Ecossais qu'elle rêve de rejoindre par n'importe quel moyen, pourquoi pas à la voile ? Elle aussi nous accompagnera avec Brian, pendant deux jours : elle parle un peu l'anglais. Brian ne déclare parler que le Brésilien mais il comprend beaucoup de choses et s'adresse souvent à nous par petites phrases en français.

Le troisième jour Christine nous confie à Roy Funch, l'homme qui est à l'origine de la création du Parc National. Né états-unien, il est aujourd'hui Brésilien, auteur entre autres du guide de la Chapada Diamantina, en brésilien et en anglais. La journée passée avec lui nous conduira en Toyota 4x4, dans le nord du Parc à la découverte du "Colorado vert", de la grotte de Lapa Doce au Morro do Paï Iñacio en passant par le Poco do Diabo où nous nous baignons une fois de plus dans des eaux rougies par les oxydes de fer. Avec Brian nous sommes allés à la cascade de Sossego, au tobbogan de la Ribeira do eio, et le dernier jour à la grotte de Lapão. Superbe et une virée totalement différente de ce que j'avais pu voir il y a dix ans. Je n'ai reconnu que le tobbogan !

Partis mercredi matin avec Imérina et Julia qui fera son propre programme une fois sur place, nous avons encore croisé à Lençois plusieurs équipages du rallye. Retour de nuit dans un car confortable et climatisé, un peu trop, qui rend cette nuit de quatre cents kilomètres, supportable. Nous revenons à LOF les têtes remplies de souvenirs.


Du 15 au 22 janvier 2008

 

RIO de JANEIRO et les chutes d'IGUACU

Départ prévu à une heure et demie du matin. Le taxi retenu la veille n'est pas au rendez-vous et nous ne parvenons pas à le joindre au téléphone. Il faut dire que téléphoner au Brésil est particulièrement compliqué : préfixe de l'opérateur, préfixe de la région, dans quel ordre ? Numéro de l'abonné. Parfois ça réussit. Le plus simple ce matin c'est de héler un autre taxi qui spontanément nous propose le tarif négocié avec son collègue la veille pour nous conduire à l'aéroport.

Nous sommes cinq : Michèle et moi, Yves d'Imérina, Martine d'Alex Marie et Sylvia, la fille de Bernard de Vent d'Arguin qui s'est jointe à nous.
Une équipe sympa et soudée : les soucis de Martine, la bonne humeur et la gentillesse de Sylvia, la sérénité d'Yves malgré l'oubli systématique d'une partie de ses affaires à chaque occasion. Sept heures et demie, l'Airbus se pose sur l'aéroport de Rio. Les bagages sont rapidement récupérés. A signaler qu'il ne nous manquera jamais un sac sur les trois vols que nous allons effectuer. Le bus nous fait traverser le nord et le centre de Rio qui nous semble une ville plus européenne que Salvador. Il nous dépose à l'angle de la rua Miguel Lemos, à deux pas de l'hôtel, en fait une auberge de jeunesse où Albert, le responsable portugais et Bernardo nous accueillent chaleureusement. Est-ce parce que nous sommes nettement plus agés que la clientèle de routards qui nous entoure ?

Visite à la plage de Copacabana qui est à deux blocs de l'hôtel. Repas rapide au comptoir d'une « lanchonette » et après une sieste bienvenue, nous prenons le métro pour l'hôtel de ville, la bibliothèque et le théâtre d'où nous gagnons à pied Carioca. Beaucoup de monde, mais les gens ne courent pas, ne sont pas pressés, sont charmants et répondent à nos questions presqu'avant qu'on ne les pose. Un peu de mal à trouver la station du « bonde » de Santa Teresa qui par le viaduc de Lapa nous conduit à Guimaraès où la pluie nous retrouve. Nous reprenons le tram jusqu'à son terminus et revenons à Guimaraès, après avoir admiré de beaux points de vues sur Rio. Le wattman s'arrête fréquemment et nous montre la photo à prendre avec un sourire amusé : le stade du Maracanà par exemple. Nous entrons dans une librairie-café installée dans la demeure un peu délabrée d'un beau parc, enfin un parc que nous pensons beau, car avec la nuit qui tombe, la pluie qui cesse mais laisse un paysage mouillé, nous ne voyons qu'un paysage irréel : nous sommes à Rio et cela suffit pour que tout nous apparaisse sous son meilleur jour.

Mercredi nous partons pour Corcovado, le Christ rédempteur. Trajet en bus dans les interminables embouteillages de Rio puis minibus climatisé pour monter au sommet à 710 mètres. Et nous avons le souffle coupé. Comme Michèle nous imaginions Rio avec le Pain de Sucre, la baie et la plage de Copacabana. De la-haut, nous découvrons une dizaine de pains de sucre et davantage de plages, sans parler de la côte découpée et des nombreuses îles qui la débordent. De plus il fait très beau aujourd'hui. La foule se presse et tous se font photographier sous le Christ, mais inexplicablement tous tournent les paumes des mains vers le sol et je les trouve ressembler davantage à des mouettes planantes.
Déjeuner dans une pizzeria avant de reprendre un bus pour Botafogo d'où nous rejoignons à pied le Pão de Azùcar. Mais aujourd'hui il est impossible de monter à pied jusqu'au premier tronçon du téléphérique à cause de travaux. Nous reviendrons et en attendant nous profitons de la plage, Praia Vermelha avant de reprendre le bus, de nous arrêter sur la plage de Copacabana et d'aller retrouver Anne-Marie et Gérard pour une Caïpirissima sur la plage.

Jeudi nous visitons d'abord le Jardim botanico. Encore un long trajet en bus qui nous dépose à l'entrée. Rio est sympa pour les vieux : je ne paie ni les bus, ni l'entrée du jardin. Michèle et Yves mitraillent les fleurs exotiques. Je réserve les accus du camescope pour les orchidées et quelques autres fleurs magnifiques. Après un sandwich, nous reprenons le bus pour la plage d'Ipanema où nous arrivons en même temps qu'une averse qui fait fuir la moitié des gens. Les filles se baignent, trouvent l'eau froide et nous photographions sous leur parasol (parapluie ?) Michèle et Sylvia, nos très belles « filles d'Ipanéma ». Vite il faut repartir car le Pain de sucre nous attend. Trouver le bus, à Rio comme à Salvador il n'y a aucune indication aux arrêts sauf, parfois, le numéro des lignes, retraverser le sud de Rio, se tromper pour le chemin de montée, nous voici, pris par le temps, obligés de prendre le téléphérique depuis le bas alors que le jour baisse et les nuages nombreux bouchent la vue. Mais Iémanja veillait sur nous. Au sommet les nuages s'écartent et le soleil couchant nous offre un bel éclairage sur les quartiers avec un arc en ciel complet sur la baie, avant que les lumières de la ville, qui s'allument peu à peu nous offrent un spectacle fabuleux qui pour la deuxième fois nous laisse le souffle coupé. En descendant, des Brésiliens nous indiquent une lanchonette où nous sommes les seuls étrangers pour un dîner simple, mais bon et économique où nous goûtons enfin à la bière Antarctica. Retour à Copacabana où les filles nous entraînent cette fois au marché « artisanal ».

C'est déjà le jour du départ : trois jours à Rio c'est vraiment trop court Les sacs sont bouclés, l'auberge payée, Albert nous a encore demandé si tout avait été comme nous le souhaitions. Dernière visite à la plage de Copacabana et même à celle d'Ipanéma pour Michèle et Yves, repas sur le pouce dans deux « quilo » différents. Le bus pour l'aéroport, on le prend où ? Avenue de Copacabana, non ! Avenue de l'Atlantique,oui, mais il n'arrive pas. Un taxi qui passait nous emmène par les voies rapides et nous sommes presqu'en avance, en avance vraiment car l'avion pour Foz Iguaçu décolera avec une heure de retard.

Nous arrivons à l'aéroport de FOZ Iguaçu au crépuscule et à la nuit tombée à l'hôtel Paudimar Campestre. Heureusement un minibus de cette autre auberge de jeunesse nous a pris sur la route, en pleine campagne. Un autre dortoir six lits nous accueille dans cette AJ qui me rappelle l'Australie tropicale. Il y a un bar extérieur avec une piscine, divers locaux pour les routards, un terrain de football, un camping,...Ici le repas du soir est à dix réais : pas exceptionnel mais commode. Il a plu et nous trouvons devant la chambre un crapaud buffle et quelques grenouilles.

La nuit a été bonne quoiqu'un peu glaciale car nous avons la climatisation qu'il faudra arrêter pour ne pas être congelés.
Nous nous levons presque tôt, sept heures car le bus pour le côté argentin des chutes part à huit heures et demie. Le chauffeur est lui-même argentin et il égaie le trajet avec des plaisanteries répétitives de son cru sur les chicos, no et les chicas, si, et sur le football.
Nous passons la frontière en franchissant le rio Iguaçu et nos passeports s'enrichissent de nouveaux cachets. La visite du côté argentin occupera toute la journée. Route dans la jungle en 4X4, puis nous embarquons sur des pneumatiques surmotorisés pour aller « goûter » de près les chutes. Nous revenons trempés malgré les cirés que Michèle et moi avions emportés. Puis c'est le parcours à pied sous les chutes, avant d'emprunter un vrai train du far west pour aller au gargante del diablo, point d'orgue époustouflant de la visite d'où nous revenons une nouvelle fois trempés. Il ne nous reste qu'à reprendre le train puis le bus pour rentrer à l'auberge. Les chutes d'Iguaçu, ça ne s'écrit pas : la nature est trop puissante. La légende raconte que Naïpi, fille du chef de la tribu indienne caingangue devait être consacrée au dieu M'boi. Un jeune indien, Taroba, amoureux d'elle l'enleva et s'enfuit sur la rivière, à bord d'un petit canot. M'boi furieux pénètra dans la terre et la bousculade produisit les chutes d'eau. Le canot disparut et Naïpi fut transformée en une roche éternellement battue par les eaux et Taroba en un palmier toujours incliné sur la gorge du fleuve.

Le lendemain nous visitons le côté brésilien et nous notons que l'aménagement des deux côtés a été très soigné, mais que du côté brésilien toutes les options sont payantes. Est-ce qu'on peut marcher gratuitement ? demande Sylvia dont l'humour ne fait pas rire nos interlocuteurs. Après la visite et un sandwich, les boutiques nous retiennent un moment et nous préférons rentrer pour lire et nous reposer un peu.

Nous consacrons l'essentiel du troisième jour au Parc des Oiseaux où nous observons perroquets, toucans, colibris et autres espèces, ainsi que des papillons, des anacondas, des boas constrictor, des crocodiles, dans un cadre de forêt tropicale. Une fois encore la visite se révèle beaucoup plus longue que prévue notamment parce que nos photographes, Michèle et Yves s'en donnent à coeur joie. Nous rencontrons Gérard et Anne-Marie à l'entrée de la volière des perroquets, à la fin de la visite. Leur avion de retour est dans une demi-heure nous disent-ils. Nous allons terminer la journée à Foz Iguaçu, ville sans grand intérêt où nous échouons à dîner à la terrasse d'un petit restaurant libanais : chawarma, taboulé et houmos.

C'est déjà la fin. Nous allons voir, visiter serait exagéré, le barrage d'Itaïpu, le rocher qui chante en langue indienne. Les dimensions exceptionnelles de l'ouvrage n'impressionnent pas vraiment car tout est disproportionné. Le plan d'eau de la retenue dont on n'aperçoit pas la rive opposée donne le mieux l'impression de grandeur de l'ensemble. La visite qui était gratuite encore récemment est maintenant très chère et nous avons eu une impression d'arnaque. Mais il fallait rentrer à l'auberge, reprendre nos sacs et rejoindre l'aéroport. Vol Iguçu – Rio – Salvador sans histoire. Bus et retour au bateau à 22 heures


22 février 2008

Fin d'escale bahianaise et route vers Fernando de Noronha Retour de Rio de Janeiro et Iguaçu.

Le 22 janvier. Nous retrouvons notre vieux LOF au Terminal Nautico. Le Carnaval approche et le bruit augmente en proportion avec en prime pour ce week-end la fuite accélérée de ceux des Bahianais que le tonitruant événement n'inspire pas. On embarque pour Itaparica jusque sur notre ponton. Certaines de ces navettes sont équipées elles-même de puissants haut-parleurs qui diffusentdes « musiques » assourdissantes. Il est temps de partir pour le Morro de Sao Paolo, disons-nous avec Yves qui a reçu sur Imérina deux nouveaux équipiers, Jean-Michel et Nadège.

Nous partons samedi à midi, Yves qui n'a pas fait ses courses partira à minuit. Nous arrivons de nuit à vingt deux heures en nous guidant grâce aux way-points entre les bancs de sable. Mais les way-points ne nous disent pas que nous avons mouillé près d'une construction où l'on prépare aussi bruyamment le carnaval !

Le matin heureusement, nous découvrons un décor presque paradisiaque où nous accueillons Yves un peu avant dix heures. Nous débarquons à la nage et allons sacrifier au bain d'argile rose. Mais d'abord nous nous trompons de falaise et je vois mes compagnons revêtu d'une belle couche de boue ocre. Ce qui fait beaucoup rire Marco, un jeune garçon du pays, qui nous conduit à la bonne falaise, celle qui rend la peau douce ! Nous continuons vers la « plage des cocotiers » en contournant un immense banc de sable et nous mouillons pour vingt quatre heures. Nouveaux débarquements à la nage, où il faut au retour bien évaluer le courant sous peine de rater son bateau. Le sable est très blanc et très fin. Sous les cocotiers la végétation rase est agrémentée de ces plantes grasses aux belles feuilles jaunes vertes que nous avons vues au Jardim botanico.
Sur la plage, nous trouvons un demi poisson, bien frais : la moitié arrière a été arrachée d'un seul coup d'une machoire puissante. La moitié avant fera notre déjeuner ! Après le déjeuner, nous repartons vers Galão, un village très pauvre où nous retrouvons Anne-Marie et Gérard qui nous proposent de dîner avec eux au « restaurant ». En fait une sorte de garage qui sert de bar et de cuisine. Une table sera dressée pour nous dans la rue face à la petite plage et à l'embarcadère. Bonne moqueca agrémentée d'autres spécialités locales : crevettes et l'incontournable falofa entre autres.

Le lendemain nous décidons de rebrousser chemin et d'aller visiter rapidement le village et les plages de Morro de São Paolo, qu'on nous a présenté comme le Saint-Tropez bahianais. L'endroit est chic, mais n'a rien à voir avec l'opulence affichée de la ville méditerranéenne. Nous avons hélas débarqué un peu tard, nous ne verrons pas fonctionner le système de téléphérique et plongée en mer sous un câble et la nuit qui tombe vite ici abrégera notre visite. Seules Anne-Marie et Michèle auront profité de l'une des plages réputées.

Retour à Salvador mercredi car nous devons accueillir dès vendredi Valérie et Alba nos nouvelles équipières. Entrée de nuit dans la Baie de Tous les Saints où il faut être très vigilant pour distinguer les cargos en manoeuvre devant les feux de la ville. Nous accostons à notre place à neuf heures et demie. Mauvaise surprise, le chargeur de batteries ne fonctionne plus. Je découvrirai que le fusible d'entrée, qui est soudé, est grillé ainsi qu'une self du même étage. L'alternateur d'arbre ne charge plus non plus, probablement par la faute du pont de diodes qui a lâché. Avec les fuites électriques toujours pas maîtrisées, ça fait beaucoup, alors qu'en arrivant à Salvador, il y a plus d'un mois, le bateau semblait presqu'en état.

Les derniers jours à Salvador ont été partagés entre notre participation au Carnaval et les préparatifs du départ. Mais de ce côté, rien à faire : c'est le carnaval, les Bahianais font la fête toute la nuit et le matin ils ont mal aux cheveux. Impossible de trouver un électricien. Daniel de Dikénec me fait attendre Carlos qui travaille sur son bateau, mais Carlos n'est pas électricien et son ami électricien ne peut venir voir que mardi. Je décide de partir lundi 4, comme prévu, mais nous ne partons qu'en début d'après-midi, alors que la ligne ouvrait à huit heures.

Le carnaval de Salvador nous a laissé des impressions mêlées : très familial, mêlant les générations de Bahianais(es) souvent noirs au Pelourinho, le centre ancien, sympatique, convivial, sans les énormes boîtes à sons que sont les trios eletricos ; intéressant par la foule énorme qui se presse dans les rues autour des camions à Barra, mais peu de spectacle et des musiques, si on peut appeler musique le déferlement de décibels, très anglo-saxon basique. Par rapport à 1998, c'est pour moi la décadence avec un côté commercial toujours plus affirmé.

Nous galérons pendant presque quatre jours. Au départ, le vent d'est-nord-est et nous oblige à tirer un bord particulièrement peu productif au sud-est. Du coup, comme ceux qui ont tiré au plus près de la côte semblent bénéficiaires, je prends cette option mardi. Mais avec le vent faible sur toute la zone, le courant défavorable, seuls avancent ceux qui ont résolument mis le moteur : "j'ai du gazole, alors je passe". A la vacation radio nous ne sommes que quatre ou cinq bateaux à essayer de passer à la voile. Mais mercredi matin, je me trouve à la côte, sans vent, et je mets le moteur toute la journée en cherchant à gagner à l'est. Le soir, le résultat n'est pas terrible, ceux qui sont plus au large commencent à toucher du vent. Nous aussi, mais c'est plutôt de l'est-nord-est encore une fois et ce matin j'arrive à l'embouchure du rio São Francisco do Norte, célèbre pour ses bancs de sable, avec à peine 8 nds de vent. Je remets du moteur pour m'élever de cette côte dangereuse, puis vers midi et demi, le vent tourne et se muscle un peu . Nous marchons à nouveau à la voile au près à 5 noeuds, dans une mer maniable. Nous faisons une route au 65 pour nous écarter, la côte ici est orientée à 40°. Cette nuit j'abattrai de dix en espérant que le vent ne va pas nous lâcher. Il faut arriver à la latitude de Récife pour pouvoir espérer souffler. Actuellement il reste 450 milles au GPS pour Fernando de Noronha... Vendredi après-midi, nous n'avons parcouru que 400 milles en cinq jours. Nous venons de prendre un petit thon en marchant voile et moteur.
Le vent s'établit enfin. En moins de trois jours nous allons couvrir les 350 milles qui nous restent et arriver avec plus de 20 noeuds sur le mouillage venté et rouleur de Fernando de Noronha. Premier mouillage râté : nous sommes trop près de Scallywag. En remontant la chaîne, par dix huit mètres de fond, le guindeau se bloque et refuse tout service. Nous dérivons sur L'Embellie où il n'y a personne à bord. Chase d'All the Colours nous voit en difficulté , saute dans son annexe et nous apporte une aide rapide et décisive.

La flotte est mouillée à plus d'un demi mille du petit port. Nous gonflons l'annexe, mais la sortie du réservoir d'essence incorporé dans le moteur neuf est cassée. Impossible d'utiliser notre pneumatique, nous voici dépendant des autres bateaux.


Le 27 février 2008

De Fernando de Noronha à Joao Pessoa

Après une arrivée un peu calamiteuse sur le mouillage inconfortable de Fernando de Noronha, j'ai vécu une escale pleine de contrastes.
Après le blocage du guindeau ce fut le réservoir d'essence du moteur d'annexe dont la sortie était cassée net. Nous avons donc été dépendants des autres bateaux et de leurs annexes.

Personnellement, j'ai passé près de deux journées seul à bord, à essayer de résoudre les problèmes électriques. Mes équipières ont eu plus de chance qui ont vu les tortues marines, qui ont plongé, soit en baptème, soit en plongée confirmée ( Michèle). Je me suis cependant accordé un peu de bon temps et j'ai nagé avec masque et tuba devant la plage de Sancho où l'on peut voir des raies, des seiches et beaucoup de poissons exotiques multicolores. Mais les problèmes de LOF commençaient à « énerver » le Comité d'organisation et je craignais un peu une exclusion de l'Amazone. J'ai fait aussi une très belle ballade sur un sentier en haut des falaises. Et puis le dernier soir, nous avons tous été invités à bord de Confianza, un catamaran de 43 pieds par Pierre son propriétaire, qui nous a proposé un peu de confort et d'amitié dans ces moments difficiles.

Le départ de Fernando de Noronha que nous avons pris avec 22 heures de retard (nouveau reproche de l'organisation : les plus petits bateaux, les moins rapides, partent les derniers) ne fut pas facile : remonter près de soixante dix mètres de mouillage dont trente de chaîne de dix sans guindeau électrique, à deux, Michèle et moi, m'a laissé épuisé pour une heure au moins. Le vent bien sûr, assez fort au moment de remonter l'ancre, a faibli ensuite. Il a donc fallu larguer le ris et renvoyer le génois, alors que nous étions partis sous trinquette, ce qui a permis aux trois bateaux partis après nous de nous rattraper. Heureusement, un vent de sud-est, puis d'est s'est bientôt établi et nous avons pu tenir nos prévisions et arriver après quarante heures de mer à l'entrée du rio Paraiba à l'étale de marée basse du matin. En prime, nous avons pêché en arrivant un délicieux fara, poisson avec trois rangées de taches jaunes et des dents de carnassier. Imérina et Stargazer, partis peu après nous, nous avaient dépassé, mais ont dû attendre le jour et la marée montante pour embouquer le rio. Ainsi nous avons fait une arrivée groupée de trois bateaux.

Le site du mouillage de Jacaré à Joao Pessoa est agréable. Il y a deux toutes petites marinas et le Yacht Club de l'état de Paraiba qui nous accueille. Deux soirées buffet nous sont offertes : la première par le Comité d'organisation, la seconde avec musique locale, le forro, musique syncopée à base d'accordéon, par le Président du Yacht -Club.

Avec ses blessures, LOF comme les autres éclopés est accueilli prioritairement à Jacaré Yacht Village, la petite marina installée depuis quelques mois par Philippe, un Français. Grâce à lui, nous allons entrer en contact avec Euro et Cirillo, deux vrais électriciens qui vont réparer les avaries électriques de LOF : radio VHF, chargeur de batteries et alternateur d'arbre, tandis qu'avec Gérard de Philine nous allons réparer le guideau électrique et que je trouverai moi même la solution pour le réservoir de l'annexe. Evidemment, tout ceci m'a pris la semaine : je n'ai rien vu de Joao Pessoa, de Récife, d'Olinda et des environs. C'est la dure loi du propriétaire de bateau. Michèle m'a bien soutenu, elle n'est sortie que sur le récif : c'est elle qui est montée deux fois au mât pour l'antenne. Euro disait que si la télévision passait par là, une femme en tête de mât, ça ferait la une des actualités ! Ce soir samedi, tout fonctionne. Je me dis : pour combien de temps ? Mais nous allons entreprendre la navigation vers Soure à deux, Michèle et moi, mille milles, huit jours de mer environ et nous espérons beaucoup de bonheur, et pourquoi pas quelques nouvelles de copines et de copains bien silencieux.


Le 14 mars 2008

De João Pessoa à Soure : fin de la navigation atlantique

Du dimanche 24 février au lundi 3 mars 2008

Nous sommes partis avec une journée de retard de João Pessoa, c'était pas pour énerver Michèle qui dit qu'on part toujours en retard, mais parce que une fois encore nous n'étions pas fin prêts et parce que j'espérais l'être grâce à nos deux électricens. Malheureusement l'alternateur d'arbre ne charge toujours pas, sans doute une affaire de régulateur... Les régulateurs brésiliens ne semblent pas prévus pour les arbres d'hélice des voiliers ! Nous sortons prudemment du Rio Paraïba : hier soir Witte Raaf est revenu, accompagné par Christopher et Géraldine de Scorch of Wessex : son presse étoupe faisait beaucoup d'eau dès qu'il mettait le moteur. Sans doute quelque chose qui s'est pris dans son hélice. Et puis c'est notre première longue navigaion, mille milles en tandem. Pour cette étape auucun « copain d'abord » ne s'est inscrit et les éventuels équipiers transfuges d'autres bateaux du rallye ont soit trouvé d'autres solution, soit sont rentrés chez eux (Jean-Pierre et Marceline). Nous ne regrettons rien : sur le rallye, il y a beaucoup de bateaux-couples : ils semblent très heureux comme ça et si nous voulons partir un jour, il faudra bien que ce soit à deux. Alors l'expérience nous tente. Dès la sortie du rio, la plupart des bateaux partis avec nous restent au moteur, à l'exception de Philine (Gérard et Anne-Marie) qui reste longtemps sur notre babord, à la même vitesse que nous. Il est vrai que le moteur ne tourne qu'à 1 500 tours. Yaz dira ce soir à la vacation que lui aussi est à la voile seule. Mais les autres et nous mêmes faisons voile et moteur sous un ciel très bleu et sur une mer très belle. Enfin à la tombée de la nuit, après la vacation, un peu de vent d'est-nord-est , douze noeuds nous permet d'arrêter le moteur. Cette nuit nous verrons les lueurs de Natal avant de subir notre premier grain à trois heures du matin. A peine un peu plus de 100 milles pour ces premières 24 heures : Soure est encore loin. Le vent est retombé le matin et le moteur tournera une bonne partie de la seconde journée, tandis que l'après-midi la pêche nous apporte un petit thon pour améliorer l'ordinaire. Filet grillé, poisson à la tahitienne et premières rillettes. A la tombée du jour comme hier, le vent revient, le même que la veille. Dans la soirée, nous navigons devant des plateformes pétrolières que nous laissons à bonne distance quand même. Près de 110 milles mais avec une dizaine d'heures moteur.

Mardi les choses s'améliorent : le moteur ne tourne que pendant trois heures et demie mais la distance couverte ne dépasse guère 110 milles. Nous avons enfin pris le virage du nord est de la côte brésilienne, mais l'alizé de l'hémisphère sud n'est pas aurendez-vous. Qu'est-ce que ça serait sans le courant favorable. La fin d'après-midi nous apporte un nouveau thon de belle taille celui-ci, avec des bandes et des nageoires jaunes. Nous ne pêchons plus jusqu'à nouvel ordre et Michèle stérilise trois bocaux de rillettes. Mercredi, encore huit heures et demie au moteur. La chaleur devient étouffante. A la vacation du matin pourtant, presque tous les bateaux annoncent du vent. Pour nous il n'arrivera qu'en fin d'après-midi comme les jours précédents. Grâce au moteur le jour et au bon vent la nuit, nous dépassons pour la première fois les 120 milles.
Jeudi, cette fois le vent est établi, même pour nous. LOF galope à la poursuite de la flotte. Voahangy a quitté Fernando de Noronha, à la poursuite lui aussi de la flotte, mais à grande vitesse. Scorch et Witte Raaf repartiront demain de João Pessoa, l'avarie de ce dernier étant réparée. Au début de la nuit, entre neuf heures à dix heures et demie, nous « essuyons » deux forts grains. Le ciel reste chargé et je note à minuit que je ne vois que la lune dans son dernier quartier et une seule étoile. Mais àn l'heure des comptes, LOF a pulvérisé son record : 160 milles en 24 heures !

Vendredi, nous ne voyons pas le soleil de toute la journée. Le vent se maintient, encore près de 160 milles ! Je commence à entrevoir une arrivée dimanche soir... Nous mangeons du thon depuis trois jours et je commence à rêver d'un pavé de boeuf. Samedi, le temps reste bouché, fort grain en début de nuit, pendant le quart de Michèle. "Si tu ne prends pas la barre, nous risquons le démâtage !" mais le vent a aussi des faiblesses et le moteur reprend du service, d'abord l'après-midi, puis la nuit, trois heures et demie en tout. Seulement 121 milles en 24 heures et notre moral baisse en entendant beaucoup de bateaux annoncer leur arrivée prochaine.

Dimanche matinà cinq heures et demie, nous sommes à 100 milles du Way point d'atterrissage. Le vent du même tombe à 6 noeuds par l'arrière; Il pleut à verse, ça pénètre dès qu'on entrouvre la descente et ça va durer jusque dans l'après-midi. L'humidité s'installe et gagne peu à peu.. Le moteur prend du service pour longtemps et pour la première fois nous allons utiliser le gazole des jerrycans qu'il faut transvaser en profitant d'une accalmie, l'après-midi. 

Lundi à quatre heures du matin, le temps s'est rasséréné, mais le vent est toujours aussi inconsistant. Nous voyons les lueurs de Salinopolis, et approchons de l'atterrissage. Un voilier apparaît sur babord que je'appelle à la radio : c'est Vent d'Arguin, le catamaran de Bernard, pas plus en avance que nous.Nous allons remonter le rio Para ensemble toute la journée pour arriver en fin d'après-midi dans ce qui nous apparaît comme un cadre enchanteur, le mouillage de Soure. Pas de vent et pas de courant, nous pouvons mouiller dans les meilleures conditions derrière Lévitha et prendre un peu de repos... sauf que nous allons à terre où nous retrouvons anne-Marie et Gérard de Philine avec lesquels nous dînons avec plaisir.


Le 20 Mars 2008

Soure et Belém, portes de l'Amazone

Soure est un drôle de village. Le centre a beaucoup de maisons abandonnées, la périphérie s'étale le long de routes en terre à double voie de trente mètres de largeur. Il n'y a presque pas de voitures, on se déplace en vélo, plus rarement en moto, voire en moto taxi. Les buffles ne sont jamais très loin et les rares tracteurs seraient volontiers appelés « buffle-diesel ». Ca ressemble un peu à une ville (partiellement) abandonnée, ça ne ressemble à rien réellement : c'est Soure, la capitale de l'île de Marajo, 17 000 habitants dit le Lonely Planet. L'atmosphère est très saturée d'humidité, normal, nous sommes au coeur de la saison des pluies. Le City Tour proposé par le bureau d'informations touristiques nous conduit successivement dans une supérette de l'artisanat local, dans une tannerie, chez deux céramistes, avant de nous conduire à la plage au bord du rio Para où nous déjeunons. L'après-midi nous goûtons, enfin pas tout le monde, des vers qui vivent dans les bois pourris de l'estran : ça ressemble à des fruits de mer...

Le lendemain, lever matinal. Nous partons pour la fazenda NS do Carmo. Il faut d'abord traverser le rio Paracauari puis voyager quarante minutes dans un minibus jusqu'au rio Camara où nous attendent deux pirogues à moteur qui vont nous faire remonter la rivière sur une bonne trentaine de kilomètres, jusqu'au ponton de la fazenda. Une belle maison coloniale entourée d'une herbe verte très drue, avec sa pièce d'eau où nagent de gros poissons-chats que l'on appelle dorades ici, nous reçoit au coeur de ses immenses pâturages peuplés d'animaux, buffles, chevaux, mais aussi cochons oies et autres volailles. Circéla femme du propriétaire, nous offre un petit déjeuner de bienvenue qui laisse bien augurer de la suite. Effectivement. A onze heures nous partons toujours en pirogue, pour une ballade découverte en forêt au bord du rio. Notre guide nous explique qu'existait à cet endroit un village indien, nous découvrons quelques fragments de poteries, il nous présente différents arbres dont les feuillrs ou les sèves ont des vertus thérapeutiques que les Indiens utilisaient depuis très longtemps. Il nous montre une mygale, inoffensive en cette saison et nous fait une démondtration d'escalade et de désescalade sur des arbres au tronc très régulier. Déjà il est l'heure de rentrer pour se remettre à table, comme si nous avions faim. Nous prenons ce déjeuner très bon et copieux avec le groupe qui nous a précédés et qui va quitter la fazenda après le repas. Quant à nous chevaux et buffles nous attendent pour une randonnée à travers les prés marécageux vers une maison de vacher. J'ai un cheval pour l'aller et même si l'animal est placide, je ne suis pas trop rassuré lorsque Claudio, le patron, vient faire galoper ma bête. Le temps est maussade et tourne même à la pluie tropicale pendant que nous buvons une infusion de citronelle dans la maison. Heureusement ça se calmera un peu pour le retour que j'effectue comme Michèle à dos de buffle . Ces animaux traversent les mares au lieu de les contourner et nous arrivons bien crottés à la nuit tombante. A peine le temps de souffler un peu et nous voici embarquant pour une mini croisière nocturne à la rencontre des oiseaux, des serpents perchés sur les arbres, des iguanes, des singes "paresseux" suspendus à leur branche et même d'un caïman et d'un groupe de capybaras ou capivaras, le plus gros rongeur du monde. Notre guide a des yeux exercés pour apercevoir et fixer dans le faisceau du projecteur ces hôtes de la forêt que nous dérangeons, comme cette famille de singes qui sautent d'arbre en arbre d'une rive à l'autre. Au retour un nouveau repas pantagruélique avec notamment un excellent chou farci à la viande de buffle. Le lendemain, réveil à cinq heures pour assister au réveil des animaux de la forêt en pirogue. Nous voyons à peu près les mêmes que la nuit, mais les toucans nous égaient de leurs couleurs magnifiques.; Après ce programme chargé, je profite des hamacs sur le balcon de la maison, tandis que Michèle et d'autres retournent sur le rio en kayak. Dernier repas de midi, à l'égal des précédents, puis les adieux embués de larmes de Circé et nous reprenons le rio en sens inverse pour rentrer à Soure.

Nous retrouvons LOF à son mouillage. Le courant est beaucoup plus fort qu'il y a trois jours.et certains bateaux ont dérapé. Scallywag qui était notre voisin est parti car nos deux bateaux se touchaient. L'amitié franco-étatsunienne n'a pas empêché notre séparation ! Dernier jour à Soure, petite ballade "en ville", repas frugal dans une lanchonette, vélo pour Michèle vers la es plages au bord du rio Para tandis que je retourne sur LOF, préoccupé parles fuites électriques. Je reviens pour accueillir Marcello, un animateur Brésilien rencontré à la facenda qui va dormir sur LOF et aller à Belém avec nous. Dernière soirée, avec présentation de films sur Marajo et le rallye, danses de Marajo par un groupe local, après qu'on nous ait présenté" la reine des reines" du Carnaval et avant le numéro, un peu étrange en cette occasion, d'un travesti qui va sauter sur les genoux de François (Malikolo) et sur ... moi. Nous avons pu goûter à quelques spécialités culinaires de l'île assez bonnes. Le retour sur les bateaux, avec la marée qui a monté de plusieurs mètres et recouvre largement les amarres de certaines annexes, va donner lieu à un spectacle imprévu, certains devant plonger pour dénouer leur bout.

Réveil à six heures et départ en convoi pour Belém, distante d'une cinquantaine de milles. LOF comme les autres petits bateaux, redoutait un peu ce second test après le Saloum. Avec la plupart du temps Marcello à la barre, tout se passera bien, sans que je sois obligé de pousser le moteur au-delà du régime que je m'étais fixé comme limite. La flotille essuie un grain très fort qui diminue la visibilité et oblige à réduire la vitesse. Certains en profitent pour faire leur toilette, j'en suis, et à la VHF un Brésilien annonce qu'il a vu "des femmes à p... sur les voiliers". Notre arrivée est saluée par un tir de pétards et fusées sur les Docks rénovés du port, avant que nous allions mouiller sur le rio Guarma, devant l'hôtel Beira Rio, ex Novotel, où la flotille mouille dans la plus parfaite pagaïlle vers une heure et quart.Marcello aurait aimé que sa femme le voit arriver à la barre de LOF, mais elle arrivera trop tard, juste pour déjeuner à bord avec son mari.

Dimanche nous partons à la découverte de Belém avec Daniel et Claudie de Dikénec et Marie et Guy de Ravenala, accompagnés par Leide et Manoel, deux étudiants en Français de Belém. Ils nous emmènent d'abord au "marécage des aigrettes, un très beau parc urbain autour du phare de Belém, avec une volière que nous visitons, un vivier de papillons et un jardin d'orchidées que nous ne verrons pas car il a déjà fermé. Manoel nous prose ensuite d'aller assister au coucher de soleil depuis le fort et Daniel en profite pour nous montrer le chantier où il doit changer la bague hydrolube de son bateau. Puis nous reprenons le bus, malgré l'inquiétude de nos deux guides qui auraient préféré nous voir rentrer en taxi. Lundi nous reviendrons déjeuner dans un restaurant de cuisine régionale aux Docks "La em casa". Quelques bons petits plats du Para, ce sont surtout les deux desserts, sorbet et crême qui nous ont plu. Shopping et promenade dans la vieille ville pour compléter la journée : Michèle s'achète une robe et moi une machette pour l'Amazone. Le soir nous sommes invités pour un apéritif à bord de Dikénec par Daniel et Claudie.
Mardi je vais accueillir Alain et Michel à l'aéroport. Manoel m'accompagne. Hélas je perds ou j'oublie mon chapeau australien au bar et Manoel aura beau y retourner, mon chapeau est perdu. Depuis lors, le rythme est infernal. Mercredi matin, lever à quatre heures pour aller assister au réveil des perroquets sur l'île qui porte leur nom. Des milliers de perroquets qui partent en famille, par couple, avec les petits de l'année. Notre guide Osvaldo, biologiste nous apprend très simplement plein de choses sur ces psittacidés monogammes et fidèles. Après l'envol des oiseaux nous allons faire un tour dans les canaux voisins où nous voyons les maisons sur pilotis des « caboclos » avant de rentrer à Belém. Le contraste entre ces cabanes où les gens vivent sur le fleuve et les tours de Belém que l'on voit en se retournant à peine à un mille de distance est saisissant. Nous allons ensuite en ville visiter le musée des pierres d'Amazonie, installé dans l'ancienne prison et nous en profitons pour faire quelques petits achats. Pour le repas du soir, nous sommes conviés par nos étudiants à un repas de spécialités dans le restaurant tenu par la mère de l'un d'eux. C'est un repas commenté et très sympathique que partagent L'Embellie, Philine, Julia et Lof. Le lendemain matin, le city tour avec le même Osvaldo est passionnant, d'autant plus pour moi que son approche rejoint largement la mienne. Lorsque nous évoquons les églises parallèles et qu'il fait le rapprochement avec la guerre économique que les Etats-Unis livrent au Brésil en expliquant que Rockefeller avait financé ces missionnaires pour entraîner le peuple dans une voie de résignation où l'espérance n'est que dans l'au-delà. Courses l'après-midi et invitation de L'Embellie le soir avec Catherine, leur équipière pour l'Amazone. La encore, bel accord avec Denise et Michel sur les évènements du rallye ainsi qu'au plan des idées générales, et belle soirée qui se termine vers minuit. Vendredi, nous devions souffler un peu, mais il fallait aller au marché Vez o Peso pour acheter des fruits et quelques autres babioles. Nous sommes rentrés juste à temps pour la soirée offerte par le gouvernement « démocratique et populaire » de l'Etat de Para représenté par sa secrétaire d'état aux sports et aux loisirs. Une belle soirée de clôture avant l'Amazone...


Le 26 Mars 2008

Le Rio Para

Belém n'est pas sur l'Amazone, mais sur le rio Para qui constitue le bras oriental du fleuve géant et le début de notre Transamazone se déroule sur ce fleuve pour contourner par le sud l'immense île de Marajo plus grande que la Suisse. Nous avons quitté Belém samedi 15 mars à 14 heures pour une courte étape de 17 milles vers l'île de Cotejuba où nous allions faire notre premier mouillage forain. Une dernière fois nous longeons Belém et nous revoyons des lieux que nous connaissons un peu : le marécage des aigrettes, le fort, le port de pêche, les Docks... Nous avons vingt noeuds de vent de face, ça mouille et les bateaux sont ralentis aussi par les vagues levées sur le fleuve. Avec le moteur presque à fond nous ne ferons qu'un peu plus de 4 noeuds pour arriver juste avant la nuit au cours de laquelle Alex Marie viendra aborder l'arrière de LOF, sans grand dommage, sauf deux écorchures sur le portique. Nous n'avons pas quitté le bateau à l'image de la plupart, seule Michèle s'est baignée un court moment dans ces eaux très limoneuses.

Dimanche nous attendait la plus longue étape du rallye, 65 milles pour atteindre le gros village de São Sebastião de Boa Vista. Cette étape redoutée se déroule mieux que prévu, grâce à un courant favorable sur la plus grande partie et dans la seconde moitié, un vent favorable qui nous permet d'envoyer le génois. Toutefois je note que la consommation du moteur atteint voire dépasse les 3 litres/heure. Après un "passage d'honneur" devant le village, nous allons mouiller devant la rive opposée, à l'entrée d'un petit igarapé. Cette fois les bateaux prennent leurs distances et il n'y aura pas d'abordages, mais le rio est large, avec beaucoup de courant et je redoute ces traversées d'un quart d'heure pour aller à terre avec un moteur capricieux depuis qu'il consomme de l'essence brésilienne.

Le premier jour nous visitons le village construit sur l'île São Antonio de Boa Vista, seule une petite partie au centre est sur la terre ferme. Toutes les autres maisons en bois sont sur pilotis au bord du rio et des igarapés, nom indien des petits rios où nos bateaux ne peuvent pas s'aventurer. Nous avons parcouru ce village en marchant sur des cheminements en bois qu'il faut partager avec les cyclistes et même quelques motos. Mardi après-midi nous sommes repartis le long d'un autre igarapé et pris par la "chuve", la pluie, nous avons été invités à nous mettre à l'abri par une famille plutôt aisée m'a-t-il semblé. Le père conduit un bateau de passagers de Belém à Sebastião et Breves, la mère, une belle femme, élève deux enfants adorables en fabriquant du jus d'açai. Est-ce l'açai, ce jus des fruits du palmier du même nom saturé en vitamines B et C qui fait que les gens semblent pauvres mais pas malheureux et les enfants qui viennent nous montrer leurs cahiers paraissent en bonne santé. ? Nous avons commencé notre cure au petit déjeuner mercredi matin et je vous dirai bientôt si ça nous a fait du bien. Mardi matin, nous avions exploré un autre igarapé, celui qui est près du mouillage de LOF sur l'île de Marajo. Nous avons remonté pendant une petite heure en annexe, avec L'Embellie et Imérina ce bras bordé de maisons de caboclos jusqu'au moment où la végétation nous a barré le passage après un parcours sous une voûte verte.

Ici nous avons l'impression constante de regarder Thalassa. Les gens vivent de la pêche, de l'açai, mais en ce moment ce n'est pas la saison : il y en a peu et c'est relativement cher : 4 reais le litre au lieu d'1 en juillet, et de la conserve des coeurs de palmiers, plus les innombrables lojas où l'on trouve à peu près tout... à condition de le trouver ! Mardi soir nous nous sommes retrouvés avec L'Embellie, Philine, Imérina ainsi que Marie-Gabrielle et Guy les équipiers débarqués avant hier par Ravanela dans un petit restaurant. (Les débarquements d'équipiers continuent et bientôt il ne restera plus que les vieux couples habitués à naviguer ensemble depuis trente ou quarante ans). Malheureusement j'étais malade, j'ai du prendre un coup de froid dans les courants d'air, et j'avais envie de rentrer pour me soigner et me coucher. Le mouillage est de l'autre côté du rio à un quart d'heure d'annexe et par sécurité, nous avons fait un convoi pour retraverser de nuit dans le courant. Il faut dire que nos moteurs ne sont pas règlés pour le carburant brésilien qui contient de l'alcool ou de l'étahnol et souvent ils s'arrêtent.

Mercredi soir nous sommes invités par la municipalité, pourtant pas riche elle non plus, pour une petite soirée sympathique dans le principal restaurant du village. Un groupe de jeunes nous présente des danses folkloriques locales appréciées le "carimbo" et d'autres aux musiques plus commerciales, "calypso" et "brega" qui nous laissent plus indifférents. C'est aussi l'occasion de rencontrer les autres équipages que l'on voit peu depuis que nous sommes toujours au mouillage.

Jeudi, nous nous levons à six heures pour une étape d'une quarantaine de milles vers les ilhas das Araras où nous mouillons pour la nuit. Nous avons invité l'équipage de Constanza pour un apéritif dinatoire, mais leur moteur d'annexe, un quinze chevaux ne démarre pas. Je dois aller les chercher , il faudra les ramener ensuite avec notre moteur capricieux. Nous sommes aux deux extrémités du mouillage à au moins un demi mille . Le retour après deux arrêts de notre Tohatsu est plein de suspense, mais j'ai la VHF, le grappin, les avirons et une bouteille d'essence. La soirée est sympathique, mais un ange passe quand nos invités évoque la fiscalité "normale" du Luxembourg par rapport à celle de notre "pays d'assistés".. Nous atteignons Breves vendredi à l'heure de l'apéritif à l'issue d'une courte étape de 21 milles, Breves où nous passerons le WE pascal.

Cette escale a été moins dépaysante que la précédente. Petite sortie vendredi après-midi entre les « chuvas » surtout pour retirer des reais à la banco do Brasil et repérer la meilleure station service, la plus accessible pour refaire le plein de gazole, car nous avons consommé près de 100 litres depuis Belém. Le soir nous étions invités pour un apéritif dinatoire sur Philine qui s'est terminé à une heure et demie du matin ! Samedi, nous étions conviés à un tour de ville à pied. Nous avons surtout vu un très beau marché bien approvisionné avec nos premiers piranhas aux dents très pointues, d'autres poisssons de l'Amazonie, des volailles, des fruits et des légumes. Nous avons ensuite assisté à une représentation de la passion du Christ à la Maison de la Culture. J'aurais personnellement succombé à la tentation du Christ, tant la tentatrice était sensuelle, les femmes auraient bien tenté le Christ, un beau jeune homme à la peau brune et aux cheveux frisés. Les tableaux étaient interprétés avec beaucoup de conviction et les appréciations étaient élogieuses. Puis tandis que les deux Michel(es) allaient faire quelques courses au supermarché, Alain et moi sommes allés chercher LOF pour refaire le plein de gazole : 107 litres dont un jerrycan supplémentaire de 10 litres. Sieste et repos l'après-midi. Le soir nous avions un «cocktail » offert par la Municipalité avec encore des danses locales et la plus belle danseuse est venue m'inviter ! Dimanche nous sommes partis en taxi par des pistes détrempées où nous nous sommes embourbés une fois, vers une fazenda au bord d'un rio aux eaux noires dans lesquelles nous nous sommes baignés, avec des animaux de la ferme : zébus et cochons surtout, mais aussi des perroquets et un toucan : ces pauvres oiseaux ont une aile dont les plumes sont coupées pour les empêcher de s'envoler et ils sont parfaitement apprivoisés. Michèle a pu faire de belles photos. Le retour s'est bien passé, il n'avait pas plu pendant la journée, les endroits les plus difficiles s'étaient sans doute un peu égouttés et moi j'ai un peu somnolé. Nous sommes revenus sur LOF à la nuit tombante pour terminer la vidange du moteur commencée le matin et cette fois le moteur de l'annexe a bien voulu faire le trajet sans se reposer.

Lundi nous repartons à six heures pour passer du rio Para dans l'Amazone en quelques étapes. Après quelques milles sur l'estreito de Breves, nous prenons à gauche notre premier "furo", celui d'Aturia. C'est ainsi que l'on nomme les bras secondaires qui ont souvent moins de courant. C'est à ce moment que Philine prend un arbre qui bloque son avancée et nécessite l'intervention des Bombeiros (pompiers) qui doivent plonger pour le dégager. A la sortie, une heure et demie plus tard, Julia s'échoue, perd son hélice et Skalibur, notre bateau accompagnateur doit aller le sortir de là puis le remorquer pour le ramener dans le convoi. Une heure plus tard, c'est à notre tour : le bateau se met à vibrer dangereusement. Sans doute de la végétation prise dans l'hélice ou dans l'arbre. Nous arrêtons après nous être écartés du convoi. Marche arrière, marche avant, demi tour pour être dans le sens du courant. Nous avons de la chance pour cette fois : quelqques manoeuvres ont suffi à nous dégager. La végétation emportée par le fleuve, les arbres entiers, les îles flottantes qui peuvent porter un anaconda, c'est le principal danger de l'Amazone avec le courant très fort qui peut atteindre quatre noeuds (nos bateaux n'avancent qu'à six noeuds). Quant à nous l'incident nous a rejeté à la queue de la flotte et avec le plus petit bateau et le plus petit moteur, 30 chevaux, pas question de remonter vers la tête. Dikénec de Daniel et Claudie reste gentiment avec nous et nous terminerons l'étape ensemble à une demi-heure de la tête du convoi. Les "furos" sont bordés par les habitations de bois sur pilotis des "caboclos", produit du métissage entre les colons portugais et les Indiens, qui viennent à notre rencontre sur leurs pirogues rapides et légères qu'ils propulsent à la pagaie avec une grande habileté, comme chez nous en juillet les gens se précipitent sur le parcours du Tour de France : le rallye transamazone est la seule organisation qui emmène des voiliers sur le fleuve une fois l'an. Le soir, à la nuit tombante, nous mouillons à Tajapuru devant l'ilha do Limao, après douze heures trente de navigation au moteur. Et nous sommes encore invités pour une caïpirinha et un repas rapide sur Riga 2. Nous n'avons pas des vies faciles !

Mardi départ à six heures et demie. Par le furo d'Itaquara et nous atteignons le canal de Vieira à neuf heures. C'est le bras sud de l'Amazone. Nous sommes désormais sur le fleuve géant.


Le 7 Avril 2008

La remontée de l'Amazone (1)

Après une nuit de pluie... amazonienne, le ciel est en train de se dégager, alors que dans quelques milles, nous allons entrer dans le lit de l'Amazone proprement dite, précisément le canal de Vieira qui est l'un des nombreux bras de ce fleuve mythique. Sur le fleuve, nous croiserons parfois d'énormes barges qui transportent jusqu'à 55 camions semi-remorques : impressionnant. Skalibur les appelle par radio pour convenir de la façon de se croiser. Ce matin au réveil, nous avions des branches feuillues prises dans la chaîne d'ancre et l'ancre elle-même était crochée au fond, mais nous avons réussi à nous dégager sans faire appel aux « bombeiros ». Après avoir longé l'ilha Urutai sur tribord, nous atteignons le canal de Gurupa en rangeant l'île éponyme sur babord, avant d'arriver au mouillage à l'embouchure du rio Mojui.

Une nouvelle journée de navigation au moteur sur le fleuve, la troisième consécutive. Ca devient monotone, le paysage ne change guère et depuis que nous sommes sur l'Amazone, il y a beaucoup moins de maisons de caboclos. De plus nous ne voyons presque pas d'animaux, même pas d'oiseaux en vol. Heureusement l'étape est plus courte, nous ne sommes partis qu'à huit heures et nous arriverons à trois heures. Demain je crois que nous ne navigons pas, nous nous arrêtons à l'ilha Macacos où je crois qu'il n'y a pas de macaques mais sans doute bien d'autres choses à découvrir.

Nous profitons de cette arrivée en milieu d'après-midi pour inviter nos amis de Philine et de Dikénec pour une soirée bien agréable dans la douceur du début de la nuit amazonienne. Bien que nous soyons mouillés près du bord les moustiques n'attaquent pas sauf bien sûr les deux Michel(e)s, nos meilleurs antimoustiques ! Quant à moi, je me demande si toute la Malarone que j'avale jour après jour ne sera pas plus dangereuse que ces petits insectes Zailés.

Jeudi journée de repos au mouillage devant l'Ilha do Tambor. Pourquoi ce mouillage est-il appelé par l'organisation « Macacos » qui est le nom de l'île suivante que nous longerons demain matin au départ ? Cela fait partie des secrets et mystères du CO du rallye qui ne nous donne qu'en route la destination du jour, alors que le parcours est exactement le même que celui de l'année précédente que nous avons dans le journal de voyage envoyé par Cassiopée un bateau de l'an dernier. On nous dit que le secret est gardé pour notre sécurité. Certains équipages le croient ; je pense avec les autres que ce secret de Polichinelle est une façon ou une tentative, de conserver le pouvoir pour l'organisateur... Certains, souvent les mêmes, deviennent de vrais lèche-bottes, remerciant Patrick à tout propos et à propos de rien. C'est la rançon de ce rallye par ailleurs très intéressant et sympa. Nicolas quant à lui nous fait profiter de ses connaissances sur l'Amazonie et ça c'est intéressant.

Nous avons profité de la journée pour faire quelques bricolages. Le régulateur de l'éolienne et du panneau solaire est bien en cause. J'écris à Georges, une fois de plus, pour essayer d'en recevoir un à l'escale de Cayenne. Le moteur du bateau semble résister au régime élevé qui lui est imposé ; il a seulement triplé sa consommation. Ca bricolait beaucoup sur les bateaux hier... Le plus en difficulté c'est Julia, sans alternateur, et surtout sans hélice et guindeau défaillant qui est depuis trois étapes en remorque de Skalibur et espère retrouver une hélice à Porto de Moz notre prochaine escale.

L'après-midi, nous avons remonté en annexe deux igarapés, l'un sous la voûte verte de la forêt, l'autre dans les prairies inondées. Dans le premier, nous nous sommes arrêtés pour écouter les animaux que nous ne voyions pas ; dans le second, nous avons observé des troupeaux de buffles et d'assez nombreux oiseaux : pics et ibis blancs, et d'autres que nous ne savions pas identifier. C'est très agréable lorsque nous redescendons, moteur arrêté. Nous nous sentons alors immergés dans la nature amazonienne.

Aujourd'hui, l'étape est courte : partis à six heures et demie, à neuf heures nous avons parcouru presque la moitié de la distance. Nous devons arriver vers midi dans ce « port des pierres » où il faudra faire attention : les pierres, nous n'avons pas l'habitude sur l'Amazone !

C''est parti pour des programmes d'escale chargés et je pense que dès Almeirim, la prochaine étape, il va nous falloir faire des choix, sous peine d'épuisement. Les villes et villages sont si heureux et si fiers d'accueillir les "aventuriers du plus grand club européen de navigation à la voile transocéanique", expression lue sur une affiche de la Municipalité de Porto de Moz, que chacun en rajoute. Ici à Porto de Moz, nous n'avons pas une heure à nous ! Il faut aussi compter avec la chaleur écrasante à certaines heures comme cet après-midi au moment où nous avons débarqué. Nous nous sommes réfugiés à l'ombre d'un café où nous avons bu des bières glacées avec d'autres équipages. Premier soir, réception au gymnase par la Municipalité. La caïpirinha est à un réal. Il y a quelques grignotages et des jus de fruits locaux offerts. Un groupe de jeunes et d'enfants nous offre quelques danses. C'est sympathique, mais le lendemain, les intestins de beaucoup sont un peu dérangés. Et il y a le city tour qui sera abrégé car le camion qui nous transportait s'est embourbé dans un chemin et nous avons dû rentrer à pied. Nous avons eu le temps de visiter un quartier "d'invasion", habité par des chômeurs de l'industrie du bois qui ont du mal à retrouver du travail depuis que l'IBAMA (un institut de protection de l'environnement) a fait interdire d'abattre la forêt au profit d'une activité "extractrice". L'après-midi, il y avait un repas à la ferme avec musique et baignade. Dimanche matin c'est une ballade sur le rio Xingu à bord du Cidade de Porto de Moz, et la rencontre d'une communauté de kilongo, avec ensuite possibilité de repas et après-midi plage. Lundi à nouveau, repas barbecue à la ferme, la forêt primaire , le manioc, l'açai et le palmito plus baignade... Pour cette dernière journée, nous sommes nombreux et un vieux bus a été ajouté au camion. La piste est détrempée et à un moment notre bus s'embourbe. Le camion réussira à le tirer de là malgré le scepticisme de certains tandis que nous observonsune migale peu farouche sur le mur de planche de laguérite de l'aérodrôme. Au retour nous arrivons sous une pluie battante et un vent violent qui lève des vagues sur le rio et provoque le dérapage de plusieurs bateaux,mais pas de LOF. Je préfère, après un temps d'hésitation, demander aux bombeiros de nous ramener à bord.

Mardi matin 1er avril, nous repartons pour Almerim où nous arrivons dans l'après-midi en débouchant d'un "furo" d'eaux noires, "boca de Aquiqui", dans les eaux limoneuses de l'Amazone. C'était un très beau parcours dans des prairies inondées où nageaient les buffles. Les maisons, les corals (l'endroit où on rassemble les bufflettes pour la traîte) sont sur pilotis comme les cheminements de la maison au coral, aux autres dépendances ainsi qu'au "trapiche" (le débarcadère), car les principaux déplacements se font sur l'eau. Les gens nous font coucou depuis leurs maisons. Nous avons vu rapidement quelques dauphins roses ou gris, mais nous n'avons pas vu les anacondas à la tête coupée que les premiers bateaux ont signalé : ce sont les gens qui leur coupent la tête car ces gros serpents avalent leurs animaux domestiques : j'ai vu la photo d'un anaconda en train d'avaler un petit cochon !

L'escale d'Almeirim dure trois jours et demi. Le premier soir, une grande fête était organisée en notre honneur sur la place de l'horloge qui domine le fleuve. C'était noir de monde et pour une fois les Brésiliens étaient de loin les plus nombreux. Il y a eu plusieurs groupes folkloriques ou plus commerciaux et même la copine de Nicolas qui a chanté fort bien. Il y aura aussi une petite fête les trois autres soirs, mais ce seront surtout les jeunes Brésiliens qui seront présents : LOF comme beaucoup d'autres y fera de brefs passages.

Nous ne participons qu'à une seule organisation : la visite à une "communauté", "Vila Arumenduba" je ne garantis pas l'orthographe.Une belle ballade que Michèle a malheureusement ratée à cause d'un mal de ventre et d'une fatigue générale. C'était vraiment très beau et Pour nous y rendre, nous embarquons sur le "Cidade de Almeirim" et nous descendons l'Amazone sur une dizaine de milles avant de pénétrer dans un furo de plus en plus étroit que nous suivons pendant une demi-heure pour atteindre le village, on dit ici la Communauté, qui nous accueille. A la fin nous naviguions dans une prairie de jacinthes où se baignent et paissent des troupeaux de buffles et même un troupeau de chevaux. Le site sur lequel la communauté s'est installée au pied de la colline est exceptionnel, avec de l'autre côté cette prairie inondée plantée d'immenses châtaigners du Brésil et peuplée de buffles et de cochons : un des plus beaux et des plus paisibles paysages que nous ayions vus. Les gens vivent de la pêche et de la chasse, mais surtout de la noix du Brésil qui est le fruit du châtaigner du Brésil, un arbre de haute futaie, on nous en a montré de près de cinquante mètres. Le village s'est installé ici il y a dix sept ans après une crue de l'Amazone sur un terrain non inondable, à flanc de colline, avec de l'autre côté un paysage de prairies inondées magnifiques plantées d'immenses châtaigners du Brésil et peuplées de buffles et de cochons : un des plus beaux et des plus paisibles paysages que nous ayions vus,. avec les hautes eaux de l'Amazone. Il faudrait voir à la saison sèche, lorsque le niveau du fleuve baisse de plusieurs mètres (quatre à sept selon nos interlocuteurs). Le repas aussi était très bon et plus varié que d'habitude : crudités, canard, plusieurs sortes de poissons. Nous avons pu déguster aussi et rapporter à Michèle des noix du Brésil, le fruit du châtaigner et des spécialités, notamment des confitures préparées à partir d'elles. Après le déjeuner, nous avons eu droit à une promenade en pirogue dans la prairie inondée, les jacinthes plus hautes que notre embarcation. Nous ne sommes rentrés qu'à la nuit tombante, tous très heureux de notre journée.

Nous n'avons pas participé à la visite d'écoles du premier jour, il s'agissait d'aller présenter le rallye aux élèves, et nous avons préféré nous ballader dans la petite ville, trouver un cyber-café pour mettre à jour le blog et tenter de téléphoner avec Skype. Mais ici les liaisons sont très difficiles à obtenir et très mauvaises, même à partir d'une cabine. A midi, nous déjeunons, très bien avec Daniel et Claudie de Dikénec, dans un petit restaurant pimpant. Bonne cuisine, prix très modique et chaleur de l'accueil. Le second jour nous faisons l'excursion prévue qui nous mène à Embratel, du nom d'un relais de télécom installé sur cette colline qui domine l'Amazone. Mais nous partons en francs-tireurs pour une fois tous les quatre avec notre taxi. Au sommet nous retrouvons, par hasard ? Philine, L'Embellie, Julia, Dikénec et Kala Nag, qui comme nous ont préféré éviter le grand groupe et l'habituel, interminable et coûteux repas au restaurant.

Le lendemain, belle journée vers Novo Horizonte où une autre communauté nous attendait. J'ai appris par Emilio que les années précédentes, Philippe vendait des tee-shirts aux participants et avec le bénéfice il offrait au nom du rallye des fournitures scolaires à l'école et un colis de nourriture à chaque famille. Cette année, rien n'était prévu par l'organisation et un bateau, je ne sais pas lequel, mais son propriétaire connaissait peut-être la tradition, a proposé que chaque bateau offre 20 litres de gazole pour le groupe électrogène de la communauté,ce qui fut fait dimanche après la messe. J'ai rencontré par hasard l'enseignante dimanche soir et j'aurais bien aimé que comme les années précédentes, le rallye s'arrête deux jours, ça m'aurait permis d'aller à l'école lundi.

Mouillage sur le furo de Outeiro lundi soir. Il faisait beau et chaud, mais le lac annoncé etait devenu une prairie de jacinthes et la colline de Outeiro (114 mètres) que l'on nous proposait d'ecalader une réserve de moustiques. Comme dans l'eau du furo Yves s'était retrouvé nez à nez avec un serpent vert, il ne nous restait plus qu'à accueillir Emilio qui venait boire le whisky de LOF et nous raconter l'histoire du rallye Transamazone dont il a vécu toutes les éditions et les péripéties.

Ce matin au départ, un orage tropical, vent fort et pluie diluvienne, amène le commandant du Skalibur à nous faire revenir sur notre route pour contourner par l'est l'île située devant la petite ville de Praïnha. Résultat :10 milles en plus dont quelques uns en plein courant de l'Amazone. Nous arriverons juste avant la nuit à Monte Alègre (un seul L). Il y avait trois places au trapiche que les bateaux désignés par l'organisation ont refusées. Nous en avons pris une pour ne pas être tributaires de l'annexe et laisserun maximum de liberté de mouvement à nos deux équipiers. Les deux autres ont été prises par L'Embellie, Denise et Michel attendaient leur fille qui devait arriver par bateau le lendemain à minuit, et La Dominique. C'est commode,avec les toilettes à proximité, quand il y a de l'eau ! C'est bruyant tard dans la nuit : on ne peut pas tout avoir. Mardi soir, nous sommes allés ensemble avec nos voisins manger une brochette dans la ville haute. Mercredi, nous avons fait des courses : nous avons acheté des hamacs pour aller dormir dans la forêt à Alter de Chão. Nous sommes ressortis le soir pour aller me goinfrer de viande rouge presque crue à la Churascheria toute proche sur le port, avec toujours les mêmes après un apéritif sérieux qui devait avoir lieu sur LOF mais que nous avons dû transférer sur L'Embellie car nous étions onze : les mêmes plus Dikénec.

Hier nous avons participé à la journée organisée. Nous sommes partis dans des Pick-up pour aller voir des dessins préhistoriques, vieux de douze mille ans, les plus anciens d'Amérique latine si j'ai bien compris. Moi ça m'a fait penser aux dessins des Aborigènes du Parc Kakadou à l'est de Darwin en Australie, à cause du caractère « pédagogique » des premiers dessins que nous avons vus. Mais le plus intéressant était pour les non initiés la longue ballade dans ce paysage de collines proches de Monte Alègre. Lorsque nous sommes rentrés, nos bateaux étaient dans une prairie complètement bloqués par les îles flottantes que les bombeiros sont occupés à dégager ce matin. Ce matin mes trois équipiers se sont joint à une expédition, toujours en 4X4 vers une cachoeira où ils doivent se baigner...

J'ai l'impression que le calendrier s'accélère depuis qu'il y a quelques jours, j'ai pris conscience que la fin du rallye approche à grands pas. Il ne nous reste que trois escales, nous parlons beaucoup de l'après avec les autres bateaux, il y a chez beaucoup un peu de lassitude de ces longues navigations au moteur, voire des escales où notre nombre est un obstacle supplémentaire pour se mêler à la population. A bord de LOF nous serions plutôt parmi les optimistes, si Alain et surtout Michel acceptaient de se mêler un peu plus aux autres équipages. Sinon, nous apprécions le voyage en regrettant pour ce qui me concerne de n'avoir pas été plus assidu avec ma méthode de Portugais.

De Monte Alégre au rio Tapara et du rio à Alter de Chão, la remontée s'achève, un peu fastidieuse. Le rythme de la flotte s'accélère et quelques bateaux dont LOF ont un peu de mal à suivre.Nous arrivons en retard à Tapara où un orage violent éclate vers une heure du matin. Deux bateaux, L'Embellie et La Dominique se heurtent sans gravité, un autre, Julia, doit aussi remouiller après avoir dérapé. Une fois de plus, LOF est épargné. Le départ pour Alter de Chão, retardé à cause de nombreuses îles flottantes prises dans les mouillages est donné sans appel préalable et LOF mal placé se trouve en queue de flotte et doit bientôt appeler pour que l'allure ralentisse. Nous sommes appuyés par Bacchus et Galéné. Enfin, nous entrons dans le "lagon" où les eaux très hautes cette année recouvrent les plages. Les eaux turquoise ne seront pas pour nous, même si l'endroit est très agréable, une des plus belles, peut-être la plus belle escale du rallye..
Alter do Chão et Santaré.

Oui vraiment, Alter do Chão est une très belle escale. Nous allons d'abord à l'agence Areia Branca où Neïla nous expose le programme de notre ballade "écologique" de trois jours dans la Floresta do Tapajos. C'est Nadège qui a trouvé sur Internet les renseignements qui nous permettent de bénéficier d'une prestation trois fois moins chère que celle proposée par l'organisation du rallye et Amazone Star. Imérina et Julia partiront les premiers dès demain et nous, avec Sylvia, Christophe, Daniel et Francis partirons mardi avec Neïla. Puis c'est la soirée d'accueil offerte par la Prefeitura (mairie) de Santarém dont Alter do Chão fait partie. Soirée un peu gâchée par la pluie, c'est dommage, car c'est une belle soirée de musique et de danses présentées par des groupes d'habitants, où l'absence du Comité d'Organisation du rallye et des équipages de nombreux bateaux, parmi les plus gros, est remarquée. Seul Nicolas apparaîtra plus tard.

Nous croisons avec plaisir Philippe Bourgeat que nous reverrons après notre ballade. Nous faisons la connaissance d'Alain que Céline et François, le fils de Michèle, avaient rencontré à Belém. Ils lui avaient laissé un petit cadeau pour elle. Lundi nous travaillons sur le bateau, puis nous partons à la "découverte" du petit village résidentiel pour les habitants aisés de Santarém et nous nous retrouvons à la pousada Ponta do Sol d'Alain pour aller boire uma cerveja gelada sur la praïa (plage).

Mardi matin à huit heures et demie nous embarquons sur un de ces bateaux en bois de l'Amazone, le TAPIRA IAUARA, "le jaguar qui nage vite". Trois heures de remontée du fleuve très large, en direction de la forêt de Tapajos, sous la conduite du Capitaine Ari, aidé de son jeune marinier Raimondo. A la différence de l'Amazone, le rio Tapajos a peu de courant et ne charrie ni îles flottantes ni arbres. Il fait beau au départ, mais peu à peu le temps se couvre et la pluie tombe, violente, lorsque le bateau s'arrête pour la visite de la première communauté, "Maguari" qui travaille le latex. Nous déjeunons d'abord, un excellent repas brésilien préparé par Nalva, notre cuisinière "rien que pour nous". Puis, la chuve ayant cessé, nous allons à terre, à bord d'une de ces pirogues locales très instables au ras de l'eau.

Une femme au type indien nous montre les hévéas bresiliensis avec leurs blessures géométriques pour recueillir la sève, et le travail du latex : faire bouillir la gomme, la colorer éventuellement, sinon elle est naturellement blanche un peu jaunâtre avant de l'étaler sur un cylindre préalablement recouvert d'un tissu de coton tendu pour obtenir une toile cirée de latex. Après séchage, on fabrique au village de petits objets : sacs à main, porte-monnaies, balles, petits animaux du fleuve,... que l'on nous propose d'acheter. Puis, sous la pluie, nous rejoignons par la piste une seconde communauté, Jamaraqua où nous voyons fonctionner des écoles "ouvertes" en l'absence de murs, sans oser déranger des classes d'adolescents studieuses et parfaitement silencieuses. Ici aussi, les gens travaillent le latex, mais sans la toile de coton ce qui permettra d'autres fabrications. Nous rencontrons trop brièvement une famille qui vit ici, dans la forêt, avec son couple d'aras verts et ses canards de l'Amazone. Le père est un bel Indien auquel il ne manque que les plumes. Il porte en sautoir une dent de jacaré dont la taille impressionne Michèle. Mais la nuit tombe vite et il faut déjà rejoindre le TAPIRA IAUARA qui nous a suivis, toujours en pirogue, mais ce soir c'est l'Indien qui nous ramène tous en un seul voyage avec sa pirogue plus grande que la nôtre. Le capitaine et son aide sont à la pêche et nous mangerons du poisson frais du rio Tapajos. Le dîner se prend à bord, simple : salade, poisson et riz, mais très bien préparé et assaisonné par Nalva. Michèle reprend même du riz et comme à midi, il ne restera rien. Il faut dire que nos jeunes gars, Francis, un instit', copain de Sylvia et Christophe, guide de haurte montagne et moniteur de ski, ont un bel appétit ! Puis nous installons nos hamacs pour la nuit, sur des crochets spécialement prévus. Sylvia et Francis jouent un moment au rami, mais cela ne dure guère. Belle et bonne nuit à bord. Le seul problème est pour se lever car les hamacs occupent tout l'espace, même l'accès aux toilettes est interdit.

Au matin du deuxième jour, nous partons pour une ballade de quatre heures dans la Floresta Naçional do Tapajos en deux groupes qui se croiseront à mi-parcours devant un(e) magnifique "samauma", "Rayna da Floresta" qui ne semble être autre qu'un fromager. Sur le chemin, nous rencontrons de très beaux arbres et d'autres utiles à la pharmacopée, mais nous sommes un peu déçus de ne jamais traverser la forêt amazonienne que nous imaginions très dense, sombre, avec la canopée au-dessus de nos têtes. Nous observons le Tacuaya qui est une liane et l'ibauba qui lorsqu'on coupe leurs racines donnent une eau fraîche et agréable à boire ; le sucuba dont la sève blanche soigne les maux d'estomac, le carapanauba, dont les infusions guérissent la malaria, le piquia dont nous goûtons le fruit. On en tire aussi une huile utilisée pour des massages. Nous entendons beaucoup de macaques qui fuient à notre approche ; j'en apercevrai quand même un, ainsi que quelques oiseaux, mais pour la faune aussi, c'est une petite déception. Nous sommes accompagnés par deux guides locales, la nôtre au type indien marqué manie la machette avec une grande dextérité. Après être passés par l'inévitable "lojinha" de souvenirs, où Michèle ne résiste pas à quelques nouveaux colliers ou bracelets, nous rejoignons le TAPIRA IAUARA qui va nous conduire à Marituba, notre, déjà, dernière communauté.

Le Chef de la Communauté que nous allons saluer est malheureusement absent C'est son épouse, une femme qui nous impressionne tous par son allure et sa distinction, qui nous reçoit Les derniers du groupe rencontrent au retour un serpent vert au bord du chemin à la nuit tombante. Le repas qui devait être pris dans la Communauté sera servi à bord. Nous installons nos hamacs, certains dans une maison, d'autres sous l'abri de l'atelier de transformation du manioc. Cette nuit nous devons aller observer les jacarés, les crocodiles d'Amazonie, mais pas avant minuit, à cause de la lune. Finalement, nous partirons à une heure et demie dans les petites pirogues, à travers la forêt inondée pour une ballade incroyable et inoubliable de plus de deux heures. Certains (Michèle, Francis et Christophe) attraperont quatre bébés jacarés de 25 à 35 cm, et même un poisson assommé d'un coup de pagaie, nous ne verrons que de loin des yeux glisser sur l'eau, dans le faisceau de nos torches, quelques oiseaux et un poisson, mais le plus impressionnant, c'est cette longue promenade dans ce décor extraordinaire, avec tous les cris divers, les plongeons seulement entendus, les bruits , la crainte non exprimée d'un serpent qui nous tomberait d'un arbre.Ce sera pour tous un grand souvenir. Quant à moi j'ai enfin eu le sentiment de rencontrer l'Amazonie.

Le dernier matin, nous nous réveillons dans le village. Je prends ma douche comme sur LOF, avec un seau d'eau tirée du puits. Le petit déjeuner a été apporté au village, il est servi dans une case. Un pécari a été tué à la chasse : trois hommes sont occupés à le dépecer. Puis nous reprenons les pirogues pour une nouvelle ballade, diurne, dans les herbes où notre piroguier s'essaie en vain à la pêche, puis longuement dans la forêt inondée où les arbres impressionnent maintenant par leur majesté. Dernier repas, pris dans le village, préparé en commun par notre cuisinière et notre hôtesse, malheureusement pris entre nous, sans les habitants. En rentrant au bateau, Daniel m'évite de poser le pied sur un beau serpent aux anneaux noirs et rouges. Petite émotion avant d'être ramenés à huit heures et demie, avec encore un goûter à bord, alors que la nuit est tombée depuis longtemps et qu'Imérina nous attend pour le dîner...

Il nous reste deux journées à passer à Alter do Chão Un peu de repos pour les uns, boutiques d'artisanat ; Michèle va au cyber café pour mettre à jour le blog. Ici il n'y a pas le "odébi" et c'est long. Je vais à la rencontre de Philippe que je retrouve sous les arbres derrière la petite plage, en pleine chasse photographique.Nous bavardons longtemps, du rallye et de son projet de croisières amazoniennes, bientôt rejoints par Michèle , puis Alain de la pousada. Philippe nous parle aussi du terrain dont il est propriétaire à Alter do Chão. La nuit est tombée, elle tombe vite et tôt, à peine six heures, et nous retournons faire un tour et goûter une caïpirinha sur la place principale avec Anne-Marie, Gérard et les autres, avant de regagner la pousada. Ce soir nous laissons le bateau à Michel et Alain pour goûter à un peu d'intimité. Repas simple sous les arbres, avant une nuit paisible alors que nous entendons deux gros orages dehors.

Après un excellent petit déjeuner à la pousada, nous sommes rentrés au bateau entre les averses de ce samedi matin. J'ai un peu traîné sur LOF et je ne suis pas retourné à terre. Michèle et Michel sont allés faire les boutiques,ils ont trouvé une magnifique boutique d'artisanat indien. Pour le dernier soir, nous avons invité Philine à l'apéritif. Invitation intéressée, car Gérard va réparer la touche espace du clavier de l'ordinateur, avant que nous allions participer à la fête organisée par l'agence Areia Branca. Bonne musique, surtout au début, avec des rythmes de bossa nova et samba, joués sans trop de décibels par des musiciens de qualité. Petites dégustations pour accompagner la bière. Nouvelle rencontre avec Philippe. C'est sympatique et nous ne rentrons à bord qu'après une heure du matin. Mais le départ pour Santarém est seulement à dix heures.

Quatre heures de navigation pour atteindre le mouillage du Yacht-Club de Santarém. Mouillage tranquille, absence de courant, pas de moustiques; Le Yacht-Club possède un bar restaurant, une piscine, des courts de tennis et des locaux où nous n'accédons pas. Ce serait luxueux si les peintures extérieures avaient été rafraîchies. Nous trouvons agréable la petite ville dont le centre est à trois kilomètres, sans grands immeubles modernes, avec assez peu de circulation automobile. Elle sera très animée mardi, car après le dimanche, lundi est la fête (nationale ?) de Tiradentés et la plupart des magasins sont fermés. Je peux enfin téléphoner à Nathalie, Alice, Frédérique et Louise, renouveler mon abonnement à Sailmail, retirer de l'argent, tandis que Michèle travaille sur le blog. Nous visitons un musée très particulier dans lequel une vieille dame de 88 ans a réalisé de très beaux costumes en fibres de bois d'Amazonie. Jean-Paul II aurait reçu une pièce en cadeau. Nous faisons le plein de gazole qui ne suffira pas pour rejoindre Afua et des courses alimentaires. Soirée à bord avec Les équipages de L'Embellie et de Dikénec. Soirée danses, mode et capoeïra au Yacht-Club le dernier soir, mais le lever annoncé pour cinq heures et demie avec une longue étape nous incite à rentrer dès la fin du spectacle.


Le 4 Mai 2008

La descente de l'Amazone

La descente du fleuve commence à Santarém, plus précisément au confluent des deux rios, le rio Tapajos aux eaux sombres mais claires, sans bois et sans îles flottantes, et le rio Amazonas aux eaux limoneuses encombré de troncs, de branchages, de feuillages entre lesquels il faut passer en essayant de ne rien toucher, ce qui n'est pas simple. C'est plus compliqué qu'à la montée, car maintenant Skalibur nous fait passer au milieu du fleuve pour avoir davantage de courant favorable, ce qui s'accompagne de davantage d'obstacles à la navigation. Nous passons très loin des berges et nous ne pouvons rien voir.

Le premier mouillage est sur le Furo Outeiro. A la descente nous n'entrons pas dans le furo et nous mouillons dans le "lac", un endroit à l'abri du courant, au bord de l'Amazone.Nous parcourons 94 milles, c'est à dire que nous doublons les étapes de la montée. Nous avons le vent de face assez fort et nous ne pouvons que rarement nous aider du génois. Pendant toute la matinée les averses se succèdent. Devant Skalbur et certains gros bateaux tiennent un rythme élevé. J'appelle Patrick pour signaler nos difficultés à suivre, mais s'il me répond que Skalibur ralentit, je ne le remarque guère. Nous sommes relégués loin avec quelques compagnons, L'Embellie, Vent d'Arguin et Dutch Link. Nous mouillons à quatre heures et demie, après dix heures et demie de navigation. A l'arrivée nous changeons de fuseau horaire et reprenons TU-3, le fuseau de Belém que nous avions quitté en arrivant à alter do Chão.

Jeudi 24 avril notre seconde étape est plus courte : 52 milles seulement. Nous partons à huit heures. Le vent, toujours défavorable est faible et ne lève pas de vagues trop fortes. LOF réussit à rester dans le peloton jusqu'à l'arrivée dans le rio de l'ilha do JURUPARI, où notre ancre touche le fond peu après une heure. J'ai cuisiné un boeuf brésilien qui est apprécié. L'après-midi, nous remontons le rio en annexe et nous voyons beaucoup d'oiseaux : des perroquets verts, deux toucans, des hérons nombreux et d'autres que bien sûr nous 'identifions pas. Au retour que nous descendons avec le courant à la pagaie, nous apercevons des dauphins de l'Amazone pendant un long moment, juste avant le coucher du soleil. Le soir nous recevons à bord le nouvel équipage de Zizany, avec Geoffroy, mais sans Sylvie qui a repris l'avion à Santarém, mais avec un couple d'Anglais, Yann et Leslie et deux amis français, Olivier et Jean-Philippe. Encore une belle soirée sur ce rio paisible où le ciel d'Amazonie nous émerveille une fois de plus par ses couleurs.

Vendredi, la troisième étape vers le confluent du rio Mojui comporte 75 milles. Le départ a lieu à huit heures moins dix. Nous croisons des cargos montants et un cargo avalant nous dépasse. Il y a ausssi ces énormes barges, plus lentes que notre convoi qui les dépasse. Le moteur de LOF à 2700 tours, nous voyons la distance augmenter régulièrement avec Skalibur et les bateaux de tête. Dans l'après-midi, après une averse brève, un gros orage tombe sur la flotte peu avant l'arrivée qui réduit la visibilité aux bateaux les plus proches, avec au début un vent de force 7 qui fait entrer la pluie sous le taud de soleil. Heureusement le vent et la pluie diminuent d'intensité au moment où nous arrivons sur la zone de mouillage et celui-ci se fait sans problème dans cinq mètres d'eau, pas très loin de la forêt et nous aurions mouillé plus près si CLEMABAR avait décidé plus tôt de changer de place. Nous attendons que la pluie s'arrête pour transférer le gazole de nos jerrycansLa consommation a été de près de quatre-vingts litres pour vingt-cinq heures de fonctionnement du moteur, environ 3,2 litres à l'heure. Dans la soirée j'ai une violente douleur à mon épaule et bras gauche qui ne passe pas. Je laisse Alain finir l'approvisionnement en gazole et je vais me coucher avec Voltarène, Diantalvic et pour finir Stylnox.

Au matin ça va mieux, ouf ! et j'ai échappé au SAMU pour cette fois. Michèle, avec Alain, écoutent les singes hurleurs dans les arbres proches, avant que toute la flotte ne s'agite. Ils identifient aussi l'aboiement d'un jacaré. Mais il faut lever l'ancre pour l'avant dernière étape qui doit nous conduire à Serraria sur le rio... Jacaré. Déjà fini l'Amazone ? A Serraria 'scierie), nous retrouvons l'Alvaro FURTADO qui fut jusqu'à l'an dernier le bateau accompagnateur du rallye. Un vrai bateau de l'Amazone celui-là, beaucoup moins imposant que le Skalibur, immeuble flottant à trois niveaux. La soirée est agréable, il y a beaucoup de Brésiliens qui dansent comme... des Brésiliens ! Michèle se régale avec un bombeiros prénommé Venicious, ça ne s'invente pas.. La Caïpirinha est bonne, un peu trop pour certaine qui rentre un peu "bouée" et qui saute à l'eau toute habillée dans le courant et l'obscurité, malgré l'interdiction du capitaine soutenu par le reste de l'équipage. Tout se termin bien, mais bien sûr l'intéressée a un avis différent qu'elle ne manquera pas d'exprimer.

Samedi, nous approchons d'AFUA, moins de 25 milles et avec la marée descendante et le courant nous filons 8,5 noeuds sur le fond, ce qui est modeste en comparaison de certaines vitesses atteintes les jours précédents. La descente aura été moins longue que prévu, l'étape d'hier, comme celle de jeudi étaient courtes et nous avons eu le temps de nous détendre un peu. Il nous reste AFUA, avec beaucoup de choses à faire avant de reprendre la mer. Il y aura les adieux et les au revoir. Peut-être une soirée qui marquera la fin du rallye. Vers midi et demie, LOF s'échoue sur la rive droite de l'Amazone à trois cents mètres du bord sur un banc de sable ou de boue. VENT D'ARGUIN vient nous aider en nous tirant, puis SKALIBUR nous prend en remorque. LOF surfe à huit, neuf noeuds, la vague d'étrave recouvre la plage arrière sur laquelle nous avons l'habitude de laisser un certain nombre de choses. Heureusement, nous ne perdons rien d'important. Puis l'entrée dans le furo d'AFUA est un grand moment. Les bancs de sable se sont déplacés depuis l'an dernier, SKALIBUR se trouve sans eau demandant à tous les bateaux de s'immobiliser. Commode dans le courant de l'Amazone ! Trois bateaux s'échouent : Zizany, La Dominique et Yaz et un grand cafouillage. Carton rouge à l'organisation. Et si le grain était arrivé à ce moment ?

Le soir nous sommes mouillés en face d'AFUA, dans un mouillage de rêve et invités sur DIKENEC où nous mangeons un excellent couscous poulet, arrosé d'un non moins excellent Bordeaux 1990 ! De quoi oublier les émotions de la journée !

Afua est une petite municipalité de Marajo, bien qu'entourée d'eau, furos et rios, de tous les côtés. Impossible de partir en ballade au-delà des limites, mais la ville est pimpante. Dans le centre, de nombreux équipements d'assez bonne facture. Les maisons sont peintes et construites pour la plupart avec une recherche à laquelle nous n'étions pas accoutumés. Nous visitons une école flambant neuve qui semble assez bien équipée. Elle est peinte, comme tous les bâtiments publics aux couleurs du parti politique du maire, jaune et bleu. Les bateaux ont été invités à offrir des fournitures scolaires, mais ce qui est collecté semble bien peu en comparaison du nombre d'élèves répartis dans sept classes, quatre groupes se succèdent du matin au soir 22 heures. Nous sommes invités à un goûter dansant au club de la vieillesse active. Le dernier jour, une "auberge espagnole rassemble les participants du rallye et l'équipage de Skalibur. Il était temps que nous fassions connaissance ! LOF gagne au tirage au sort un tee-shirt rouge des Bombeiros qui est juste à la taille de Michèle. Les quartiers périphériques, construits au bord de canaux sont moins souvent peints mais ne manquent pas de charme non plus.Tous les soirs, il y a une fête en notre honneur avec toujours les mêmes ingrédients et la musique au-delà du supportable. Même du bateau, à plus d'un kilomètre, les basses nous saoûlent. Nous y allons le troisième soir, la traversée depuis le mouillage, dans le courant, est longue pour notre petite annexe surchargée, et nous nous trouvons mêlés aux adolescents d'Afua. Peu de participants du rallye, nous croisons Bernard (Vent d'Arguin) et les équipiers de Kala Nag, mais nous rentrons assez vite. Nous faisons des courses pour écouler nos derniers reais, nous déjeunons aussi volontiers dans les restaurants où nous constatons que les restaurateurs d'Afua prennent le rallye pour une vache à lait et les prix ont tendance à augmenter de jour en jour.

Samedi 3 mai, dernier jour du rallye. Pour la dernière fois, notre flottille se place derrière Skalibur qui nous accompagne jusqu'à Chaves. A neuf heures, il nous fait ses adieux et se laisse dépasser par la flotille. A onze heures moins le quart, Scallywag s'échoue à l'entrée du canal Perigoso. Plusieurs bateaux se portent à son secours et Vent d'Arguin le sort de cette situation fâcheuse. Le temps est gris et humide, comme souvent depuis quelques jours. Dans les bateaux, cette humidité commence à moisir les tissus et même les vernis. Il est temps de nous diriger vers des cieux plus bleus, même si les couleurs du ciel amazonien resteront inoubliables. Ce soir c'est notre dernier mouillage au sud de l'île Mexiana près de l'embouchure de l'igarapé do Jacaré. Quelques bateaux ne s'arrêtent pas, Scortch, Witte Raaf,... Les adieux sont humides pour certains, n'est-ce pas Géraldine. Pour changer, il pleut. Nous recevons Yves et tous ses équipiers, Gaëtan, Jean-Michel et Nadège et aussi Nious, son équipier Brésilien pour João Pessoa où il retourne.

Demain nous sortons de l'Amazone.


Le 15 Mai 2008

De L'Amazone à... la France de l'équateur

Il était à peine six heures et demie lorsque nous avons quitté le mouillage de l'igarapé do Jacaré. Lama Lo et Vent d'Arguin nous avaient précédés de deux heures et grâce à leur faible tirant d'eau envisageaient une route plus directe en rejoignant le canal do norte par des zones de hauts fonds. Imérina fait route avec nous avant de s'engager dans le canal do sul vers João Pessoa. A partir du milieu de matinée, il s'écarte pour longer la côte. Il ne repasse pas l'équateur que nous franchissons à 11h35. Nous arrosons avec un apéritif de sangria brésilienne, mais ce n'est pas comme dans la transat, l'ambiance n'y est pas. Le courant nous est favorable en ce début d'étape et nous avons parcouru 50 milles en cinq heures et demie. Cette vitesse se maintient jusque vers trois heures puis le courant de marée s'inverse et notre vitesse fond descend à moins d'un noeud, d'autant que le vent est tombé après avoir refusé peu après deux heures, et c'est un ciel couvert qui va nous accompagner pendant vingt quatre heures avec des passages de pluie. Ce sont les grands coefficients de marée qui augmentent jusqu'à mardi qui sont responsables de ces forts courants. La nuit, la première nuit en mer pour Michel est pourtant tranquille.

Lundi matin, le 5 mai, nous modifions notre route pour aller voir de plus près le bateau-feu AM-1. A midi, alors que nous faisons route sous voiles au 340,allure largue, tribord amures, le bateau-feu est à 7 milles dans notre 270. Le bateau de pêche qui naviguait depuis un moment sur notre babord change de route et nous permet de virer de bord lof pour lof. Mais après ce virement, nous faisons route au... 110 ! Nous lofons : au près serré, notre route est au 40. Nous virons de bord, rien ne change ou presque. Nouveau virement de bord par vent arrière,lof pour lof, nouvelle remontée au près : le compas de route suit, à la déclinaison magnétique près, mais le GPS n'est toujours pas d'accord. Nous roulons le génois et mettons au moteur. Le bateau de pêche (et Michel qui s'est réfugié dans le carré) doi(ven)t se demander à quoi joue ce voilier. Alain à la barre fait pivoter le bateau vers la gauche. Je reste les yeux fixés sur l'écran du GPS. Impossible de faire de l'ouest. Le loch GPS indique plus de neuf noeuds quand nous allons vers l'est, alors que notre vitesse surface, volontairement réduite n'est que de quatre noeuds. Calculez notre vitesse fond et notre cap quand nous essayons d'aller vers l'ouest et vous comprendrez pourquoi nous avons repris notre route vers Cayenne et n'avons pas vu le bateau feu. Nous reprenons notre route et le courant est maintenant totalement favorable. Nos vitesses fond, qui restent autour de six noeuds jusqu'à la nuit s'établissent au-dessus de huit noeuds vers 23 heures et presque neuf à quatre heures du matin. Nous navigons sous grand'voile à 2 ris et génois réduit au tiers au près plus ou moins serré, en route directe. Mais le vent qui tourne de l'est au nord est, 4 à 5 Beaufort lève une mer qui sera fatale à Michel notre montagnard qui va vivre son jour le plus long, tandis qu'à la BLU tout le monde, sauf les « femmes » de Julia, se félicite des très bonnes conditions de navigation..

Mardi soir enfin, nous avons suffisamment gagné au vent pour pouvoir abattre. D'abord de 15°, puis de 30°. Le bateau se met à plat, tandis que la mer se calme et que Michel retrouve son sourire. Nuit tranquille comme on les aime, même si Lof toujours sous voilure réduite fonce encore à plus de huit neuds. Nous arrivons à la bouée d'atterrissage vers neuf heures et demie, à mi marée descendante. Je décide de prendre le chenal à la voile, contre le courant. Nous remontons ainsi les deux tiers du chenal, jusqu'au moment où nous n'avançons plus sur le fond alors que la vitesse surface est de plus de quatre noeuds et que le sondeur flirte avec le zéro. Nous finissons voile et moteur derrière la suceuse qui drague le chenal.

Dégrad de Cannes est le port de commerce de Cayenne. A dix sept kilomètres de la ville, il est entouré d'une zone industrielle un peu vieillotte, mais il n'y a pas de ville et bien sûr pas de commerces. La marina, construite pour le Rallye des Iles du Soleil il y a une dizaine d'année nous a dit Patrick, est squattée par des bateaux locaux qui occupent toute les places. Nous sommes au mouillage dans le fleuve Le Mahouri, où le courant de jusant, marée descendante, est si fort que nos petites annexes ont bien du mal à le remonter. Nous louons une petite Nissan et allons à la découverte de Cayenne, de nuit. Après être allés jusqu'à la place des Palmistes, nous nous asseyons devant le restaurant des Pyramides pour prendre une bière grecque. Le patron, Kamel un Egyptien, sait y faire et nous nous retrouvons après deux bières et des amuse-gueule bien sympatiques devant un excellent couscous.


Le 2 Juin 2008

De la France de l'équateur au Venezuela

Nous sommes partis des îles du Salut mercredi 21 mai. Il pleuvait encore ce matin et notre hésitation à rester encore une journée a vite cédé : à la vacation radio, les bateaux en route pour Tobago avaient retrouvé le ciel bleu !

Jusqu'en début d'après-midi, au ciel gris s'ajoute la faiblesse du vent de sud-sud-est ; puis en même temps que le vent fraîchit en tournant dans la bonne direction, Michèle réalise deux prises : la première est un poisson que nous ne savons pas identifier, le second sera un barracuda de 85 cm. Voici notre après-midi bien occupée : à cause de l'absence de frigo due à nos problèmes d'énergie électrique, après avoir vidé et découpé les poissons, il faut faire des conserves. Michèle est aussi devenue la reine des rillettes et ce soir nous rangeons quatre pots qui nous régaleront à l'apéritif. La première nuit sera tranquille, sauf le bruit du moteur pour les batteries entre une et deux heures du matin à un moment où le vent faiblissait. Il n'a guère faibli puisque nous alignons 165 milles pour les premières vingt-quatre heures.

Pour notre second jour en mer, le vent ne faiblit pas. 192 milles en vingt-cinq heures, grâce à un fort courant favorable. Pourquoi en vingt-CINQ heures, mais parce que nous avons changé de fuseau horaire, nous sommes maintenant en TU-4, mais le navigateur a continué à noter les milles à 9h30, ce qui aujourd'hui fait 25 heures. Michel qui est encore à Dégrad des Cannes a repris les vacations BLU et c'est bien agréable d'avoir ce contact quotidien, même si peu de bateaux participent.

Vendredi, nous continuons d'additionner les milles, mais le soir, le courant favorable faiblit. Le vent mollit à son tour samedi dans la matinée. C'est l'occasion d'essayer le spi acheté à Salvador qui n'a encore jamais été hissé sur Lof. Et Monsieur est frileux, il a mis des, pardon une, chaussette dont Michèle découvre l'usage. A la tombée de la nuit, nous rentrons notre bulle bleue, blanche et jaune et juste après, alors que nous n'avons pas encore renvoyé le génois, le moulinet démarre. C'est encore un barracuda, nettement plus grand que celui de mercredi. Nous le ramenons jusqu'au bateau et au dernier moment, déjà en partie hors de l'eau, il se décroche. Michèle qui pense au travail qu'elle allait avoir n'est pas trop déçue. Il faut mettre le moteur pour les batteries, nous en profiterons pour corriger la route. Hélas, le démarreur reste silencieux. Je me souviens de la panne que nous avions eue en Méditerrannée avec Didier Tournier. J'ouvre le compartiment moteur : la patte de support du boîtier d'isolation s'est cassée. Les accus de la perceuse sont à plat. Avec un bout je ligature la pièce cassée et miracle ça marche.Il faudra que ça tienne jusqu'à Scarborough où je ferai souder le support. Une journée qui a failli mal se terminer mais Yémanja dont je porte toujours l'amulette au poignet veillait !

Dimanche matin, j'avais un moment espéré arriver samedi soir, le vent qui a repris à 4 Beaufort, nous oblige à tirer des bords de grand largue pour rejoindre King's Bay, le mouillage le plus abrité de Tobago disent les Instructions Nautiques. A 14h15, l'ancre de Lof repose dans le sable sous les eaux enfin transarentes de la baie. Il y a un petit village sur le côté ouest et des installations de plein air sur la plage devant nous. Nous nous baignons avec plaisir dans cette belle eau.

Lundi nous avons renvoyé un peu de toile pour rejoindre Scarborough et faire les formalités d'immigration et de douane. Hier à King's Bay, nous étions un peu hors règlementation, n'étant pas passés par un "port d'entrée". Nous avons aussi retrouvé avec plaisir Nadège et Jean-Michel, ex Imériniens, qui voulaient nous emmener en ballade l'après-midi, ce qui n'a pas été possible à cause du temps passé aux formalités d'entrée, et sont venus passer la soirée à bord. Une soirée bien sympathique et nous nous sommes promis de nous revoir en France. Un pêcheur a emporté ma pièce cassée et doit me la rapporter soudée demain pour 50$TT. Une bonne journée si ce matin au départ de King's Bay, le guindeau ne s'était pas arrêté de fonctionner une nouvelle fois, après toutefois avoir remonté le mouillage.

Le lendemain nous passons du temps à découvrir comment fonctionne cette petite ville qui ne ressemble à aucune autre : pas vraiment antillaise, un peu étatsunienne, un peu rasta. Ma pièce a été soudée mais le pêcheur réclame maintenant 150$TT, nous transigerons à 100, ce qui fait à peu près 10 euros. Je la remonterai demain matin avant la grosse chaleur. Nous visitons le marché très bien approvisionné mais cher car beaucoup de fruits et légumes sont importés... des Etats-Unis. Nous trouvons un cyber café ce n'est pas pour le blog mais pour essayer de réserver nos billets de retour. Ca sent la fin, quoi. Il y a la queue et quand nous revenons l'après-midi, si nous arrivons à retenir un vol sur GO Voyages, il est impossible d'ouvrir ma boîte aux lettres pour vérifier que la confirmation est bien arrivée. Difficile de louer une voiture ailleurs qu'à l'aéroport : tant pis on s'en passera et quand on va se renseigner au Terminal des bus on m'explique qu'ils sont souvent en panne et qu'on ne peut pas compter sur eux. Michèle parie sur "le stop". Le soir nous marchons sur la route de Bacolet et nous découvrons un autre cyber café, Au retour, une voiture nous prend. C'est Susan qui dix minutes après voudrait nous inviter chez elle ce soir et nous laisse son numéro de téléphone. Mais le bateau n'est pas fermé et il faut faire tourner le groupe électrogène. Dommage.

Mercredi nous ferons le tour de l'île coûte que coûte. D'abord pendant que je remonte le support du kit d'isolation Michèle retourne sur Internet : la confirmation est bien dans la boîte, mais pas encore le billet électronique. Tant pis, nous partons et découvrons qu'ici quand on fait du stop on paie sa participation. En fait autant de taxis clandestins. Nous longeos la côte sud puis découvrons le site magnifique de Speyside où nous déjeunons, puis Charlotteville non moins beau. Dans ces deux villages, on arrive par un col d'où le paysage très tropical humide se révèle d'un coup. Plus nous nous éloignons de Scarborough, moins il passe de voitures et lorsque nous reprenons la Northside road à la sortie de Charlotteville, nous marchons un kilomètre sans en voir passer une seule. Mais la première s'arrête. Ils sont quatre, le père, la mère et leurs deux filles, mais les filles qui ont onze et quatorze ans se serrent, la plus jeune passera même dans le coffre du break pour nous faire de la place. Ils font un repérage pour le Rally Trinidad qui a lieu en juin. Chacun note : chaque embranchement, les courbes, les points remarquables avec leur kilométrage. Nous étions montés pour dix kilomètres, vers L'Anse Fourmi, mais Mohamed qui tout de suite m'appelle René, nous propose de finir le repérage avec eux jusqu'à... Scarborough ! Si vous voulez en savoir plus : www.rallytrinidad.com c'est facile.

Jeudi matin, Internet ne marche pas. Nous n'aurons le billet électronique qu'au Vénèze. Nous refaisons les formalités pour la sortie. Surprise : le douanier sait que nous avons fait le tour de l'île hier. C'est un ami de Mohamed, aussi typé indien que lui !Il me dit : vous voyez, nous savons où vous êtes, vous êtes bien protégés ! (surveillés peut-être, nous qui voulons faire ce soir un mouillage à Store Bay, alors que nous sommes censés avoir quitté Trinidad and Tobago à 13 heures. Le mouillage est tranquille, bien protégé, mais il fait une chaleur lourde, sous un ciel chargé, prémice à la saison des pluies qui devrait avoir commencé ici.

Vendredi matin, nous repartons vers le ciel bleu annoncé des Testigos. Forte houle de nord-est mais peu de vent pendant les premières heures, puis ça se lève. Nous envoyons le génois tangonné en milieu d'après-midi et le conserverons jusqu'à l'arrivée samedi matin malgré les cargos rencontrés pendant la nuit. Ca y est nous sommes au Venezuela, en république Bolivarienne, dont nous avons rencontré les jeunes Garde Côtes cet après-midi.


Le 8 Juin 2008

Petite croisière au Venezuela

Encore un pays où certains m'avaient déconseillé d'aller. Eh bien nous y sommes et le premier contact me donnerait raison de ne pas avoir »écouté les crasses qui m'disaient : sois prudent. La mer des Caraïbes est très belle aux Testigos et les poissons nagent dedans. Le récif situé entre l'isla Langoletta et Testigo Grande est un véritable aquarium dans lequel nous nous régalons depuis deux jours, Michèle surtout qui y passe des heures avec son masque, son tuba et ses palmes. Des eaux enfin cristallines, des coraux et des gorgones multicolores, une grande variété de poissons aux formes et aux couleurs les plus diverses, des murènes elles aussi de diverses couleurs, et même une tortue et une langouste. Le seul problème pour moi, c'est que le vent est assez fort , qu'il lève des vagues et que lorsque mon tuba se remplit d'eau j'ai du mal. J'ai tout de même accompagné Michèle hier matin et le spectacle valait les efforts que j'ai du faire. C'est ce que j'ai vu de plus beau dans mes expériences de PMT, pas très nombreuses il est vrai, mieux que Fernando de Noronha et sans le tourisme et son cortège d'arnaqueurs et de destructeurs des paysages naturels.

Nous avons débarqué une première fois, sur l'isla Iguana pour aller voir les Gardes-Côtes. Rien que des jeunes, très simples. Celui qui s'est occupé de nous avait des yeux qui ont ému Michèle. Malheureusement il était aussi très myope et sans doute débutant et il a eu du mal à renseigner son registre. Tout est malgré tout allé assez vite. Puis nous nous sommes balladés un peu sur l'île, la plus peuplée des Testigos, maisons de pêcheurs certaines très sommaires, d'autres plus soignées, avec beaucoup de carrelages, et pour toutes des récupérateurs d'eau, car passant de Tobagoo ici, nous sommes passés des bananiers aux cactus dont il faut se méfier quand on marche ailleurs que sur la plage.

Dimanche après-midi, le 1er juin, nous avons débarqué deux fois sur Testigo Grande, la première pour aller voir les dunes de sable qui franchissent l'île d'est en ouest. Chemin rendu difficile par les cactus omniprésents et une espèce de moucherons qui vous rentrent dans le nez et les oreilles, mais heureusement ne piquent pas. Sur le flanc est où le sable vient de la mer, de nombreuses traces d'iguanes et de tortues, mais c'était l'après-midi et même passée la grosse chaleur, les tortues restaient dans la mer et les iguanes à l'ombre. Sur la plage déserte, face aux îles Norteste, Conejo et Rajada, nous regardions les frégates majestueuses et quelques pélicans dans le ciel et sur l'eau : la nature à l'état pur. Puis nous avons débarqué au petit village où deux hommes que nous avions salués nous ont invités à nous asseoir. Le plus jeune est charpentier de marine et il reconstruit un bateau de pêche derrière sa maison. Sont arrivés deux, autres plus jeunes, des pêcheurs qui avaient pris il y a quelques jours un requin dont nous avions respectueusement observé les mâchoires de plus de trente centimètres de diamètre en train de sécher sur une claie. Ils s'étaient battus à quatre toute une nuit avec le monstre d'au moins trois mètres et qui pesait si j'ai bien compris plus de 170 kilos. Les gens sont vraiment très accueillants et on engage facilement la conversation, malgré notre méconnaissance totale de l'espagnol.
Lundi matin, je démonte une nouvelle fois le chargeur de batteries qui a grillé hier matin alors que tournait le groupe électrogène. Le fusible d'entrée est grillé, mais de plus l'appareil a dégagé une fumée du plus mauvais présage et lorsque je l'ouvre en plus du fusible les bobinages semblent avoir eu chaud. Je referme. On verra à Puerto La Cruz. J'en profite pour démonter une nouvelle fois le réservoir du groupe qui fuit toujours et après l'avoir vidangé et nettoyé, je le range. Michèle est retournée visiter son aquarium, puis s'occupe de l'annexe. Au toal, une dernière matinée bien remplie et l'après-midi, nous levons l'ancre pour changer de mouillage. Nous allons sur Testigo Pequena. Finalement nous renonçons à Playa Real, devant le passage entre les deux îles, pas abrité du vent et choisissons la petite baie devant l'ilha Calentador. Nous débarquons devant son petit village de pêcheurs et rencontrons trois couples français habitués du Venezuela et surtout des Testigos, auprès desquels nous complétons nos informations.

Départ à 7h20 ce matin pour Portlamar sur l'île de Margarita. La soirée avait été douce, mais pendant la nuit, Lof s'est mis à rouler bord sur bord et nous n'avons pas très bien dormi. Pas de mal à se réveiller donc, mais nous sommes un peu fatigués. Dès le mouillage relevé, nous pouvons faire route directe sous grand'voile arisée et génois, pas très vite, mais confortablement presqu'au vent de travers. Vers deux heures l'après-midi, nous prenons une petite bonite qui, grillée, partagera notre repas ce soir. Le temps très beau le matin se couvre à l'approche de Margarita en même temps que le vent mollit. Nous mettons au moteur, mais malgré cela nous arrivons trop tard. Trop tard pour les formalités d'immigration et de douane, trop tard pour changer quelques euros en Bolivars. Il y a une vingtaine de bateaux au moins au mouillage. Nous rencontrons Jean-Pierre, un Français qui vit ici à mi-temps depuis 20 ans. C'est lui qui nous changera quelques euros demain matin et nous donnera quelques indications touristiques et pour la sécurité. Finalement, nous n'allons pas en ville, c'est un peu loin, et nous décidons sur son conseil d'attendre Puerto La Cruz pour les formalités.

Nous repartons en fin de matinée pour le mouillage de l'ensenada de Charagato sous l'île Cubagua, que j'avais repéré et qu e Jean-Pierre a confirmé. Le vent nul ce matin monte et s'installe à 22/23 noeuds avec des rafales à 27. Génois seul et partiellement roulé, en quatre heures, notre petite étape est bouclée qui nous donnera un peu plus d'aisance pour rejoindre Puerto La Cruz, à 70 milles de Margarita. Et comme la veille, nous avons eu notre repas du soir, une autre bonite, vers deux heures ! Au mouillage, le vent ne faiblit pas jusqu'au milieu de la nuit. Heureusement aujourd'hui nous n'avons pas de houle pour nous rouler, mais à côté de nous un crevettier s'est échoué. Un remorqueur, une vedette des Garde-Côtes puis toute la nuit deux autre bateaux, des pêcheurs sans doute vont essayer de le déséchouer et finalement, peu après six heures du matin, ils nous demandent de lever l'ancre pour qu'ils puissent tirer à leur aise. Nous les abandonnons à leurs essais de renflouement et du coup à notre question du jour : partira ? partira pas ? les pêcheurs ont apporté la réponse. Nous ne visiterons pas les ruines de la Nueva Cadiz, premier établissement européen dans la région qui était destiné à la recherche des perles. Nous navigons tranquillement à la voile, d'abord largue, puis le vent tourne et nous nous retrouvons plein vent arrière et nous tangonnons le génois, jusqu'à l'entrée dans l'archipel des Chimanas. Pour la troisième journée nous prenons la bonite de quatorze heures, mais elles sont de plus en plus petites? Aujourd'hui, c'est une portion ! Nous passons entre Chimana Grande et Chimana Segonda, puis laissons à tribord Chimana do Sul et nous découvrons et longeons Puerto La Cruz, terme annoncé de notre voyage, pour entrer dans la zone des marinas et nous diriger vers TechMarine do Oriente, où nous avons la surprise d'un accueil chaleureux. Il y a Bernard et Jackie de Galéné, André et Lysianne de Ravenala, Loïc de Sibélius, ami d'Hervé et Babette, Yves et Sylvia qui ont fait le rallye il y a deux ans, Armand plus les personnels de la marina. Nous nus sentons tout de suite en peys de connaissance, même si la marina est dans un secteur peu sûr et du coup nous sommes sous la protection des vigiles avec une forte incitation à prendre un taxi pour sortir. Ce soir Galéné nous invite à dîner.

Il reste maintenant à "hiverner" le bateau, à faire quelques travaux d'entretien et si possible de réparations. Nous avons une dizaine de jours pour celà avant de prendre l'avion pour Lyon Saint-Exupéry le 17 juin. Il ne devrait pas y avoir d'autre Lettre de LOF dans l'immédiat. Merci de nous avoir suivi. Grand merci à ceux qui ont réagi à la lettre. Dans quelques jours nous retrouverons beaucoup d'entre vous. Hasta luego !

Michèle et René


Le 17 Mars 2009

L'île de la TORTUGA

Depuis deux jours LOF est au mouillage dans les eaux turquoise de Playa Caldera au nord-est de l'île de la Tortuga. Il est arrivé au petit matin après une nuit sous voiles, le vent ne nous ayant lâchés qu'au lever du jour, alors que le phare éteint de la punta oriental prenait l'air d'un mât de voilier sur bâbord avant. Il a fallu contourner largement la punta Delgada del este entourée de récifs pour entrer dans la baie où la houle de nord faisait encore danser les trois bateaux au mouillage, dont ADAGIO 4. Je me demandais si l'île de la Tortue était le célèbre repaire de pirates des siècles passés, Jean-Noël dit que ce n'est pas celle-ci, alors ? Aujourd'hui n'y vivent que quelques pêcheurs paisibles dont Moncho. Le ciel qui était clair au lever du jour s'était couvert et nous ne voyions pas briller les couleurs de cette jolie baie.

Nous avions eu un peu de mal à quitter Puerto la Cruz où Didier et Isabelle nous ont rejoints samedi soir au milieu de la fête d'anniversaire de Jean-Noël. Samedi, nous avions prévu de les laisser se reposer après leur long voyage de plus de vingt quatre heures, et depuis Dimanche il y avait des alertes jaunes qui se succédaient sur la Caraïbe et la mer déferlait très fort. Mardi matin enfin, c'était un peu mieux et nous sommes sortis pour aller faire un mouillage de journée sous les îles Arepas à 17 milles dans l'est de Puerto la Cruz d'où nous sommes repartis à la nuit, profitant de la pleine lune pour nous dégager des îles qui sont devant la côte. Nous avons pu faire de la voile, le vent étant enfin maniable et la houle pas trop forte.

Michèle et Didier ont profité de la journée pour aller dans les récifs de corail voir les beaux poissons qui les habitent. Je me suis contenté de nager un peu, du bateau à la plage, chacun son programme. Nous étions tous contents de sortir du « marigot » de la marina pour repartir à la rencontre du Venezuela. Dimanche par exemple, nous sommes allés déjeuner dans un restaurant de pêcheurs voisin et nous y avons retrouvé une bonne dizaine de voileux français. Espérons tout de même un peu plus de soleil, pas pour la chaleur, nous sommes très bien avec 27° dans le bateau au moment où j'écris, mais pour les couleurs. Nous accepterons d'avoir un peu chaud. Cette nuit pendant le quart, des polaires fines étaient ressorties du fond des coffres, du jamais vu sous ces latitudes, à peine 11° nord.

Après une journée de repos succédant à cette nuit en mer, Moncho nous a proposé un tour de l'île à bord de sa lancha. Moncho est un pêcheur d'une quarantaine d'années, toujours avec le sourire. Il boit la Solera et fume en pilotant à près de vingt noeuds les deux moteurs de quarante-nuit chevaux chacun, de son bateau. L'île mesure à peu près vingt-cinq kilomètres de longueur et dix de largeur. Il ne faut pas traîner si on veut en faire le tour dans la journée, en s'arrêtant un peu pour visiter la caye Herradura et son mouillage paradisiaque, pour se baigner et pour chercher... des langoustes. Nous avons pu ainsi découvrir les mouillages que nous visiterons les prochains jours, visiter des passages inaccessibles aux voiliers comme la Laguna El Carenero, un long chemin d'eau à l'abri d'un écran de palétuviers, pêcher trois langoustes pour notre dîner du soir avant de nous retrouver sur la côte est battue par le vent et la houle qui a tourné à l'est-nord-est, abritant mieux notre mouillage mais rendant très difficile la remontée de cette côte par laquelle nous étions arrivés. Bien que Moncho ait décidé de nous déposer dans le lagon plus calme où il a fallu sauter dans l'eau jusqu'à la ceinture, n'est-ce pas Isabelle, nous étions tous assez fatigués. Mais après une bonne douche, à l'eau de mer ! il a fallu sauter à nouveau dans l'annexe et dans la nuit pour retourner à terre où Moncho nous préparait les bêtes devant son rancho. Toute cette journée et les langoustes pour deux cent cinquante bolivars à partager entre huit, puisqu'ADAGIO était avec nous.

Le farniente s'installe : nouvelle journée dite de récupération. Nous retournons nous ballader l'après-midi sur le lagon extérieur où Michèle et son frère sont allés explorer les abords de la mangrove qui sont pauvres en poissons et en coraux nous disent-ils. Le soir, nous invitons ADAGIO et Moncho à l'apéritif où nous ouvrons enfin le dernier pot de rillettes de barracuda préparé l'an dernier entre Guyane et Tobago, avec la dernière bouteille de Muscadet. Excellentes disent nos hôtes ! Jean-Noël essaie de nous entraîner à partir avec lui samedi, mais au matin l'équipage de LOF décide de prolonger d'une journée le séjour à Playa Caldera. Nouvelle longue ballade sur le pourtour de la baie : nous allons voir les vagues déferler sur les récifs. Au retour Moncho nous offre deux barracudas qu'il faut dépouiller avant la nuit sur la plage arrière de LOF. Poisson au cours bouillon mayonnaise pour ce soir, et des filets au frigo pour... demain ? A neuf heures du soir très mauvaise surprise : notre annexe dont nous avions heureusement enlevé le moteur a disparu à cause d'un noeud inadéquat fait par le chef de bord. C'est la catastrophe. Dimanche matin, au lieu de songer à partir, nous scrutons les berges de la baie aux jumelles, avant d'appeler Loïc de SYBELIUS pour qu'il nous emmène à terre. Mais nos amis font mieux : ils partent avec une annexe puissante longer la rive, enfin longer c'est à cent mètres du bord à cause des rouleaux. Rien. Arrive Moncho qui doit les emmener à la pêche. Ils repartent et cette fois ils aperçoivent notre annexe retournée sur le haut de la plage, une centaine de mètres avant les rochers. Nous allons la rechercher avec Didier. Seule une pagaie est cassée, quelle chance ! Moncho vient encore nous aider en la remorquant avec la sienne puis en revenant nous chercher. Trop tard pour partir et Moncho nous invite à aller à la pêche avec eux ! Voila une journée imprévue comme je les aime. Au retour, alors que Thierry a sorti quelques beaux poissons au fusil, nous apprenons que nous dînerons tous ensemble dans le rancho de Moncho, avec les pêcheurs venezuéliens. LOF offre l'apéritif, les "boqueron" et du vin, chacun apporte quelque chose et les pêcheurs qui ont complété le tableau de Thierry préparent la pêche. Superbe soirée : quelle chance nous avons eu de perdre l'annexe (et de la retrouver aussi) !

Lundi 16 mars, il faut penser à quitter Playa Caldera et nos amis Français et Venezueliens. Depuis trois jours, nous jouons avec bonheur les prolongations. Nous nous préparons à appareiller, mais LOF ne l'entend pas ainsi : le moteur cale dès que je veux embrayer. Une vis BTR de l'assemblage inverseur arbre, dont la tête est inaccessible s'est desserrée avec les vibrations. La pince multiprise est inefficace pour la resserrer. Heureusement, Thierry d'ALTAIR 2 est un méanicien professionnel et il a l'outillage nécessaire. En une demi-heure, l'affaire est réglée et après déjeuner, nous déroulons le génois pour une étape de... sept milles. Nous mouillons au milieu de la côte nord, à l'abri des récifs de Los Palanquinos : du vent mais la mer est cassée par le récif. Deux bateaux de pêche venezuelien viennent mouiller devant nous. Au matin, quand nous nous levons, nous sommes seuls au monde au milieu de nulle part.


Le 9 Avril 2009

Tortuga 2e et Los Roques 1

Quelques jours passés à Puerto La Cruz après le départ de Didier et Isabelle. Beaucoup de bateaux sont partis. Il reste ADAGIO 4, ANNA de Jaime, GUADELOUPE ISLAND de Aria avec Olivier. Jacques et Denise de DIONYSOS 4 sont pour quelques jours dans les Llanos. Il n'y a plus la vie du temps de notre retour. Le bar où l'inflation galope aussi vite que la qualité de la restauration baisse est déserté par les plaisanciers dont certains préfèrent la nouvelle gestion de la marina voisine de Bahia Redonda. On se sent un peu seuls à guetter les bulletins météo qui annoncent toujours de la houle de nord assez forte. Nous allons nous faire faire de nouvelles lunettes, nous faisons les courses pour notre prochain départ qui est pour trois semaines. Et lundi matin à quatre heures nous largons les amarres de TMO.

Le vent est d'abord nord, puis tourne à l'est-nord-est avant de revenir au nord est. Il varie aussi entre 8 et 17 noeuds. La mer se calme peu à peu, la houle de nord des derniers jours est moins creuse et nous marchons à la voile à six noeuds. A 20 milles de Tortuga, nous croisons SIBELLIUS, ALTAÏR 2 et NACHAVE qui rentrent de Tortuga. A deux heures et quart nous mouillons derrière Punta Delgada, immédiatement accueillis par Moncho.

Au mouillage, il y a un catamaran français, LE RUFFIAN de Gérard et Martine avec lesquels nous ferons trop brièvement connaissance. Puis arrive ZEN, l'Outremer 45 de Jean-Pierre et Maryse. Mercredi nous débarquons chez les pêcheurs qui sont occupés à dépecer des raies. Nous voulons en acheter, c'est bon la raie au beurre noir ! Ils nous l'offrent : "régalo !" et par dessus le marché, avant d'embarquer, ils nous offrent aussi une langouste cuite encore chaude ! Ici le Bolivar n'a guère cours et c'est le troc qui fonctionne. Les pêcheurs qui sont installés dans leur rancho pour plusieurs semaines ont l'habitude de demander aux plaisanciers de passage ce qui leur manque. Ca va de la soudure à l'étain au... GPS, en passant par du vinaigre, des piles, sans parler du "ron", des cannettes de bière et du tabac. Gérard qui roule ses cigarettes a d'abord intrigué. Mais non c'est bien du tabac ! Les compétences en électricité et en mécanique sont souvent recherchées. Dans ce domaine, nous n'avons pas grand chose à offrir. La semaine passe : ballades, baignades et exploration du lagon et des récifs avec masque et tuba, Michèle commence à rêver d'un fusil avec harpon, soirées sur la plage sous le rancho de Moncho, invitation à bord de LOF. Mais il faut partir sous peine de ne pas avoir le temps d'aller jusqu'aux Roquès. et nous voici une seconde fois dans le mouillage de rêve de Cayo Herradura, mais comme c'est samedi, le samedi des Rameaux qui plus est, il n'y a pas moins d'une douzaine et demie de motor yachts venezueliens et sept voiliers dont au moins un venezuelien. Le soir tous les bateaux à moteur s'approchent au plus près de la plage, c'est un ballet désordonné à la tombée du jour. heureusement la soirée et la nuit seront calmes et au matin, Michèle m'emmène nager dans le récif. Il y a de beaux poissons, mais ça ne vaut pas les Testigos en mai dernier. Les couleurs de l'eau en revanche sont extraordinaires et la langue de sable au sud où s'affrontent deux trains de vagues est magnifique. Ici le "fil dentaire" a encore de nombreuses adeptes et je m'interroge sur l'origine de la retondité parfaite des fesses qu'il dévoile.

Depuis lundi matin nous sommes à Los Roques. Partis de la Tortuga dimanche à quatre heures et demie l'après-midi, après une nuit de nav, bon alizé de travers, mais houle de nord qui nous a bien brassés au début avant de s'atténuer. Au petit matin, au lever du jour, Los Roques en vue, le phare des Bouches de Sebastopol, oui j'ai bien écrit "de sébastopol", vingt noeuds de vent , un petit bateau à moteur sort. Je pense qu'il vient par le chenal. Erreur ! Les hauts fonds, on touche une fois, deux fois. C'est du sable, pas grave. On se dégage, mais on n'est pas dans le bon chenal et quand nous voulons aller au mouillage de Buchiyaco pour nous reposer, le récif nous en sépare. Un Canadien vient en annexe nous indiquer notre erreur. Il faut retourner à l'entrée, repasser les haut-fonds pour reprendre le bon chenal. A neuf heures et quart la pioche tombe enfin dans les eaux turquoises. J'avais veillé de minuit à presque six heures, ceci explique peut-être cela. Enfin pas de bobo, c'est l'essentiel. Michèle est allée sous la barrière de corail. Elle a rapporté trois beaux lambis que nous avons mangé le soir même.

Mardi matin, ciel gris. Même il pleut une demie heure. J'en profite pour bricoler un peu. Ensuite nous remontons l'immense lagon sur dix milles jusqu'à Gran Roque. Des images incroyables. Michèle a encore fait quarante douze mille photos. Et en plus le déjeuner servi : un joli "carité", je crois qu'en français c'est un thazard, pour deux convives pris par la ligne de traîne. L'après-midi nous sommes allés voir les autorités qui nous ont soulagé de 243 Bolivars. C'est pour le Parc National !

Puis nous nous sommes baladés dans le village. Michèle a beaucoup aimé, moi un peu moins : je trouve ça artificiel, touristique. Les prix sont en rapport : le cocktail jus de fruit alcool est à 28 Bolivars, 4 euros, au change touristique. Le coucher de soleil a été fabuleux. Vous verrez les photos sur le blog quand nous retrouverons internet. Nous sommes retournés à terre mercredi matin pour monter à l'ancien phare hollandais d'où l'on a une vue étendue sur le village et sur l'archipel. En redescendant nous avons même trouvé le "supermarché", mais il n'ouvrait qu'à trois heures l'après-midi. pas grave, nous repasserons. pour aujourd'hui nous trouvons du pain à la panaderia et nous déjeunons d'un empanada à une terrasse ombragée où une charmante jeune venezuélienne nous aborde dans un français qu'elle déclare horrible mais que nous trouvons bon puisqu'il nous permet de bavarder un instant avec elle.

Nous revenons au bateau sous une chaleur torride de mi journée. heureusement l'alizé s'est un peu réveillé. Nous levons l'ancre pour une étape de deux milles vers l'ilôt voisin de Francisqui. Un autre mouillage de rêve, un peu peuplé, mis c'est la semaine sainte et beaucoup de Venezuéliens sont en vacances. Nous trouvons une place tout près du corail. Cet après-midi Michèle est allée nager sous la barrière de corail. Comme la pêche au harpon est interdite aux Roques, les poissons sont nombreux et peu farouches. Cinq énormes barracudas l'ont cernée un moment. Les gorgones et les coraux sont variés et magnifiques. Elle m'emmène demain matin, j'ai promis. On va aussi se régaler car sur notre très courte navigation, nous avons pris un petit thon de deux kilos, que nous inviterons à dîner dès ce soir.


 

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